Perquisition dans les locaux d'Auto Plus, un journaliste arrêté
Le 15/07/2008 à 18h15 GMT
PARIS (Reuters) - Une perquisition a été conduite mardi au siège parisien du magazine Auto Plus, dont un journaliste a été placé en garde
à vue dans le cadre d'une enquête déclenchée sur plainte de Renault, apprend-on auprès de la direction du magazine et du parquet de
Versailles.
Le journaliste a été interpellé à son domicile et conduit dans les locaux de la police judiciaire de Versailles où il se trouvait toujours dans la
soirée.
Selon RTL, un salarié de Renault soupçonné d'être l'informateur du magazine a en outre été mis en examen vendredi dernier et placé sous
contrôle judiciaire par un juge d'instruction de Versailles.
Le Syndicat des journalistes Force ouvrière a protesté solennellement contre "cette intrusion et cette interpellation" d'un journaliste,
soulignant que la loi sur la protection des sources n'autorise la justice à rechercher l'origine d'une information de presse "qu'en cas d'impératif
prépondérant d'intérêt public".
"Les intérêts commerciaux de Renault ne nous paraissent pas relever de l'intérêt public, la liberté d'informer et d'être informé, si", déclare-t-il
dans un communiqué.
Une dizaine de policiers accompagnés d'un juge d'instruction et d'un magistrat du parquet ont par ailleurs perquisitionné entre 09h00 et
17h30 dans les locaux du magazine, a expliqué à Reuters Laurent Chiapello, directeur de la rédaction.
Ils ont exploré l'ordinateur du journaliste arrêté et plusieurs autres postes de travail, emportant finalement photos, adresses et "contacts" des
reporters du magazine, a-t-il précisé. Il s'est déclaré "surpris" et s'est demandé s'il s'agissait "d'une manoeuvre d'intimidation d'un
constructeur".
Le parquet de Versailles a précisé à Reuters que l'information judiciaire avait été ouverte en août 2007 sur plainte de la société Renault, qui
semble s'être étonnée de voir Auto Plus publier des photos de nouveaux modèles en préparation, en principe confidentiels.
Le constructeur semble soupçonner une fuite ou une intrusion dans ses ordinateurs et les policiers sont à la recherche des sources des
journalistes d'Auto Plus, principal magazine du secteur avec une vente hebdomadaire de 300.000 exemplaires revendiquée.
L'instruction est en effet ouverte notamment des chefs "d'abus de confiance, recel d'abus de confiance, recel de modification de données
résultat d'un accès frauduleux à un système informatique, contrefaçon, révélation d'un secret de fabrication et recel".
La perquisition dans un organe de presse est un acte rare en France, la liberté de la presse étant protégée par plusieurs textes juridiques
français et internationaux.
La dernière perquisition, quand deux juges parisiens s'étaient rendus à l'été 2007 au Canard enchaîné dans le cadre d'une instruction pour
"violation du secret de l'instruction" en marge du dossier Clearstream, avait tourné à la confusion de la justice.
Les deux magistrats, qui s'étaient vu refuser toute remise par les journalistes, avaient finalement renoncé.
Depuis, le gouvernement a mis en chantier un projet de loi visant à renforcer le droit des journalistes à protéger leurs sources, actuellement à
l'examen au Parlement.
Conformément au droit européen, il interdit toute mesure coercitive telle qu'une perquisition dans une entreprise de presse ou au domicile
d'un journaliste, sauf dans certains cas particulièrement graves concernant des affaires de terrorisme ou de grande criminalité.
Thierry Lévêque, édité par Gérard Bon
article suivant
Page 2 | 3
article précédent
Perquisition dans les locaux du magazine auto plus
Une perquisition a été conduite mardi au siège parisien du magazine Auto Plus, dont un journaliste a été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête déclenchée sur plainte du constructeur Renault. /Photo d'archives/REUTERS