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Benoît XVI en compagnie du rabbin Riccardo Di Segni, lors de sa première visite dimanche à la synagogue de Rome. Le pape a défendu l'attitude de son prédécesseur Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale, affirmant qu'il avait oeuvré de manière discrète,
par Philip Pullella
ROME (Reuters) - Benoît XVI, lors de sa première visite dimanche à la synagogue de Rome, a défendu l'attitude de son prédécesseur Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale, affirmant qu'il avait oeuvré de manière discrète, en coulisse, en faveur des juifs persécutés par les nazis.
"Le Siège apostolique a procuré son assistance (aux juifs), souvent de façon discrète et cachée", a dit le pape dans son intervention.
Benoît XVI avait auparavant été interpellé par le président de la communauté juive de Rome, qui avait estimé que Pie XII, pape de 1939 à 1958, aurait dû dénoncer l'Holocauste.
"Le silence de Pie XII face à la Shoah continue de faire mal car quelque chose aurait dû être fait", a déclaré Riccardo Pacifici au pape.
"Cela n'aurait peut-être pas arrêté les trains de la mort mais cela aurait constitué un signe, un mot d'extrême réconfort, de solidarité humaine, pour ceux de nos frères transportés vers les fours d'Auschwitz."
Présent à Rome, le vice-Premier ministre israélien Silvan Shalom a demandé au pape d'ouvrir les archives du Vatican sur cette période.
"J'ai demandé au pape de faire en sorte que les archives du Vatican soient ouvertes afin d'obtenir des détails sur le pontificat de Pie XII et de calmer les tensions entre juifs et catholiques", a-t-il dit à Reuters.
Des juifs italiens survivants des camps nazis ont remis pour leur part au pontife romain une lettre où ils écrivent: "Le silence de quelqu'un qui aurait pu faire quelque chose a marqué nos vies (...) Nous sommes ici mais nous n'avons jamais quitté Auschwitz."
Quelques heures auparavant, lors de son adresse dominicale aux pèlerins et touristes massés place Saint-Pierre, Benoît XVI avait présenté sa visite à la synagogue des bords du Tibre comme un nouveau jalon dans les relations entre juifs et catholiques, sans pour autant dissimuler les "problèmes et difficultés" entre les deux religions.
"C'est une nouvelle étape sur le chemin de la concorde et de l'amitié entre catholiques et juifs", avait-il dit, ajoutant cependant que respect et dialogue n'empêchaient pas "problèmes et difficultés".
A son arrivée à la synagogue pour une visite de deux heures, le pape a été accueilli par des personnalités juives romaines et étrangères.
"SEUL DIEU PEUT JUGER"
Avant de pénétrer dans le bâtiment, les dirigeants juifs lui ont montré une plaque rappelant la rafle du 16 octobre 1943, qui avait abouti à la déportation des juifs de Rome, et une autre inscription en hommage à un petit garçon de deux ans tué dans un attentat contre le lieu de culte en 1982.
Cette visite inédite du souverain pontife allemand dans un sanctuaire juif intervient vingt-quatre ans après que son prédécesseur, Jean Paul II, a été le premier pape à pénétrer dans une synagogue en près de 2.000 ans et s'y soit adressé à des "frères aînés bien-aimés".
Mais l'événement a été assombri par la décision prise le mois dernier par Benoît XVI d'accélérer le processus de canonisation de Pie XII, auquel la communauté juive reproche son silence supposé sur les agissements du régime nazi.
Le Saint-Siège récuse ces reproches mais les groupes de pression juifs réclament un gel du processus de béatification de Pie XII, antichambre de sa canonisation, et l'ouverture aux chercheurs des archives du Vatican sur cette période trouble de son histoire.
Le rabbin Giuseppe Laras, qui préside le conseil rabbinique italien, a décidé de boycotter la visite de Benoît XVI, qui a évoqué le mois dernier les "vertus héroïques" de Pie XII.
"Le pape savait parfaitement que, quelques semaines plus tard, il visiterait la synagogue et il savait à quel point la question de Pie XII était sensible", a reproché l'ancien grand rabbin de Milan au chef de l'Eglise catholique.
"N'aurait-il pas été opportun de différer cette initiative de quelques mois?", s'est interrogé Giuseppe Laras, dont le point de vue n'est pas partagé par le grand rabbin de Rome, Riccardo di Segni, pour qui il est essentiel de poursuivre le dialogue en dépit des tensions entre les deux communautés.
Le Vatican soutient que Pie XII n'est pas resté inactif devant l'Holocauste mais a oeuvré en toute discrétion en coulisse parce qu'il considérait que toute intervention publique de sa part ne pouvait qu'aggraver les choses.
"Je pense qu'il est moralement et religieusement dangereux de dire que la volonté de Dieu est de rester silencieux et de ne pas dire un mot de la souffrance des gens", a confié il y a quelques jours à Reuters le rabbin Di Segni.
Mais, a-t-il ajouté, "je pense que seul Dieu, pas nous, peut comprendre si les gens ont agi avec justesse conformément à sa volonté", a dit encore le rabbin.
Version française Marc Delteil