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Le gouvernement français a fait face à de vives attaques de la gauche sur la double rémunération du nouveau patron d'EDF, Henri Proglio. La rémunération annuelle d'Henri Proglio s'élèvera à plus de deux millions d'euros par an - 1,6 million de salaire de
PARIS (Reuters) - Le gouvernement français a fait face à de vives attaques de la gauche sur la double rémunération du nouveau patron d'EDF, Henri Proglio.
Cette affaire avive le débat sur la double casquette consentie à Henri Proglio, soutenu par l'Elysée pour devenir à la fois P-DG d'EDF tout en restant président du conseil d'administration, sans fonction exécutive, dans son ancienne entreprise, Veolia Environnement.
La rémunération annuelle d'Henri Proglio s'élèvera à plus de deux millions d'euros par an - 1,6 million de salaire de la part d'EDF et 450.000 euros d'indemnités de Veolia.
La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui avait assuré en novembre dernier qu'il ne recevrait qu'une unique rémunération, s'est défendue mercredi, estimant que le patron d'EDF ne bénéficiait pas d'un "cumul rémunérationnel".
"Le conseil d'administration de Veolia lui verse une indemnité, moi j'ajuste le salaire chez EDF pour qu'il n'y ait pas de cumul et qu'il reste au même niveau de rémunération que précédemment", a-t-elle dit à des journalistes. "Il n'y a pas de cumul opérationnel, c'est ça qui est le plus important".
Elle a expliqué aux parlementaires qu'il s'agissait d'apporter à l'entreprise publique un dirigeant de qualité.
Henri Proglio n'est pas aujourd'hui payé davantage que lorsqu'il dirigeait Veolia, a-t-elle assuré.
Avant cette mise au point, le ministre du Budget, Eric Woerth, et le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, avaient soutenu les mêmes arguments.
"C'est une polémique que je comprends parce que ce sont des chiffres importants, il faut toujours tout écouter, mais il faut surtout donner à Henri Proglio toutes les chances de vraiment bien remplir sa mission", a dit Eric Woerth sur France 2.
"ÉCONOMIE DE LA CUPIDITÉ", DIT ROCARD
Le gouvernement fait valoir qu'Henri Proglio ne touchera qu'une rémunération relativement basse pour le CAC 40, les 40 sociétés françaises les plus importantes cotées en Bourse.
Selon la société de conseil Proxinvest, citée par Le Monde, la moyenne de ces salaires était de 3,6 millions d'euros en 2008. Bernard Arnault, patron de LVMH, détenait le record avec 16,8 millions d'euros.
Mais Christine Lagarde a dû affronter une bronca des députés de gauche lors des questions à l'Assemblée nationale.
L'opposition souligne qu'Henri Proglio travaille pour l'Etat, actionnaire principal d'EDF, qui s'était engagé fermement sur le salaire. Elle estime que l'affaire souligne le problème du cumul des fonctions.
"Il y a un conflit d'intérêts qui est condamnable et qui pourrait être regardé par la justice", a dit le député socialiste Arnaud Montebourg sur LCI.
L'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard a estimé que l'affaire posait davantage un problème moral.
"C'est un symbole d'une économie de la cupidité qui n'est plus moralement vendable aux électeurs (...) La colère populaire, elle va monter, tous ces gens sont complètement déraisonnables", a-t-il dit sur i>Télé.
A Strasbourg, l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin a estimé devant des journalistes que c'était "indécent".
"Le gouvernement et le président jouent avec le feu avec ces questions. On n'est pas sorti de la crise économique et on n'a pas vu toutes les conséquences de la crise sociale", a-t-il dit.
Ce dossier des salaires patronaux, qui n'avait jusqu'en 2008 guère fait débat dans le monde politique, est apparu avec la crise financière et a gagné les rangs de la majorité de droite.
Un rapport signé du député UMP Philippe Houillon, publié en juillet, remarquait que le revenu annuel moyen des dirigeants des plus importantes sociétés françaises était en 2007 d'environ cinq millions d'euros, soit 312 fois plus que le revenu médian des Français pour une personne seule (15.780 euros).
Il proposait 16 mesures et une action législative pour limiter ce qu'il jugeait excessif, une proposition reprise ensuite par l'UMP, sans effet jusqu'ici.
La secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, interrogée sur Public Sénat, s'est déclarée favorable mercredi à un plafonnement des revenus à 40 fois le revenu médian.
Sophie Louet et Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse