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Lors d'une table ronde diffusée lundi soir sur TF1, Nicolas Sarkozy s'est attaché à cajoler les Français les plus touchés par la crise et à calmer par le verbe, plus que par des engagements précis, leurs inquiétudes du moment. /Photo prise le 25 janvier 2
par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou
PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy s'est attaché lundi soir sur TF1 à cajoler les Français les plus touchés par la crise et à calmer par le verbe, plus que par des engagements précis, leurs inquiétudes du moment.
En près de deux heures, le chef de l'Etat a fait une seule promesse concrète : réformer les retraites "avant la fin de l'année" sans remettre en cause le régime par répartition ni réduire le montant des pensions.
Après une entrée en matière sur le plateau du journal de 20h00, il s'est livré aux questions de 11 Français choisis par la chaîne - une infirmière, une productrice de lait, une jeune diplômée au chômage, un ouvrier et syndicaliste de l'industrie automobile, un professeur, un chef d'entreprise, une employée de la grande distribution, un artisan à la retraite, etc.
Chacun était venu avec ses problèmes et a pu converser avec un Nicolas Sarkozy, assis comme eux à une petite table ronde, qui a joué le jeu de la proximité tout au long de l'émission.
Le chef de l'Etat, qui ne rencontre plus, lors de ses déplacements, que des interlocuteurs triés sur le volet, n'a jamais été mis en difficulté - un jeune homme originaire de banlieue lui a même donné un satisfecit en matière de sécurité - même si le syndicaliste a usé d'un ton un peu plus vif.
Un des sujets délicats du moment avait été évacué lors de son entretien préliminaire avec la présentatrice du journal télévisé, Laurence Ferrari : la "double casquette" et le salaire d'Henri Proglio à la tête d'EDF et de Veolia.
Henri Proglio ne restera que "quelques mois" président non-exécutif de Veolia et "se dévouera à 100% à ses fonctions à EDF" quand la transition sera achevée à la tête de Veolia.
Nicolas Sarkozy a défendu le choix d'Henri Proglio - "C'est le meilleur" - en laissant entendre qu'il était pour quelque chose dans la décision du P-DG de renoncer à son traitement à Veolia - "On en a parlé et j'ai pensé que c'était raisonnable."
Il a enfourché au passage un thème souvent entendu dans les conversations de comptoirs : "Ce qui me choque (...) c'est le salaire mirobolant de certains footballeurs."
"TOURNIS"
Et il a taclé Renault, récemment au centre d'un psychodrame politico-industriel sur la fabrication de la future Clio IV en Turquie, sur le thème des délocalisations : "La stratégie de Renault ces dix dernières années, je ne l'accepte pas."
En quête d'un deuxième souffle à l'approche de son 1.000e jour à l'Elysée et d'élections régionales délicates pour sa majorité, il a longuement défendu sa politique, de la réduction des effectifs de fonctionnaires à la taxe carbone en passant par le débat sur l'identité nationale.
"Je vous dis une chose : la stratégie économique, sociale va porter ses fruits. Vous verrez le chômage commencer à reculer, vous verrez la consommation reprendre, je m'y suis engagé, je ne suis pas quelqu'un à refuser d'assumer mes responsabilités", a résumé le chef de l'Etat à la fin de l'émission.
Nicolas Sarkozy a admis que la succession des réformes engagées depuis deux ans et demi pouvait donner "le tournis" mais qu'il ne changerait pas de cap, réitérant par exemple son refus d'augmenter les impôts malgré un déficit record.
Il a promis à Sophie Poux, productrice de lait obligée d'emprunter pour nourrir sa famille, de ne pas laisser tomber les agriculteurs, ou à Jean-Georges Berthelot, menuisier à la retraite, de garantir le pouvoir d'achat des retraités.
Il s'est quelque peu aventuré, quand il a promis la mise en place aux frontières de l'Union européenne d'une taxe carbone dont certains de ses partenaires européens ne veulent pas.
Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a jugé l'exercice "très décousu" tout en reconnaissant un "effort louable" du chef de l'Etat pour expliquer sa politique.
"J'ai eu le sentiment surtout (...) que la formule est épuisée, que ça ne marche plus", a-t-il dit sur Europe 1.
Libération, habituellement très critique à l'égard de l'Etat, a pour sa part jugé l'exercice "plutôt réussi".
"Sarkozy n'est pas tombé dans le panel", écrit le quotidien, qui note que le président français "a défendu sa politique avec une indiscutable maîtrise" devant une "France qui souffre".
Le chef de l'Etat, dont la cote de popularité reste au plus bas, à l'orée d'une année décisive pour la suite de son mandat, guettera sans doute mardi les chiffres d'audience de sa double intervention télévisée - un format inédit.
Les principales chaînes concurrentes de TF1 diffusaient au même moment des machines à faire de l'audience : France 2, la série américaine à succès "FBI, portés disparus" et M6, l'épisode un de la saga "Star Wars".
Avec la rédaction France, édité par Yves Clarisse