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Relaxé dans le procès Clearstream qui l'opposait à Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin est déterminé à transformer cette victoire personnelle en victoire politique. Reste à en écrire le scénario. /Photo prise le 28 janvier 2010/ REUTERS/Charles Platiau
par Sophie Louet
PARIS (Reuters) - Relaxé dans le procès Clearstream qui l'opposait à Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin est déterminé à transformer cette victoire personnelle en victoire politique. Reste à en écrire le scénario.
"Cette épreuve de l'injustice" née selon lui de "l'acharnement" du chef de l'Etat, a fortifié l'ancien Premier ministre dans sa volonté de "servir la France et les Français".
"Je ne suis pas de ceux qui renoncent", disait le chef de l'Etat à propos de sa constitution de partie civile dans cette affaire de manipulation de faux fichiers bancaires dont il a été l'une des cibles et pour laquelle son ex-rival était accusé de complicité.
Dominique de Villepin non plus. Son combat politique est la suite logique de son combat judiciaire.
"C'est vers l'avenir que je veux me tourner pour servir les Français et contribuer dans un esprit de rassemblement au redressement de la France", a-t-il dit, visage éprouvé et grave, lors d'une brève déclaration jeudi à sa sortie du tribunal.
Usant volontiers de métaphores martiales en privé, il veut entrer en campagne, comme on mène bataille pour réparer l'affront. Mais aussi pour recueillir l'assentiment électoral des citoyens, épreuve du feu qu'il n'a jamais connue.
Un proche analyse : "Nicolas Sarkozy a allumé la mèche".
L'éphémère concurrent de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007 assure ne pas être animé par un esprit de "vendetta", comme un nouvel Edmond Dantès - personnage littéraire qui le séduit - mû par l'obsession de laver son honneur bafoué.
"Je n'ai aucune rancoeur, aucune rancune. Je veux tourner la page", a-t-il répété jeudi.
"J'AI ÉTÉ BLESSÉ"
Le chef de l'Etat, lui, a "pris acte" du jugement par voie de communiqué et a annoncé qu'il ne souhaitait pas d'appel.
Une réconciliation entre les deux hommes paraît pourtant peu probable aux deux camps qui invitent à tourner la page. Ils redoutent que l'affrontement d'une rare violence qui a opposé ces deux fauves politiques ne soit relancé.
De fait, les critiques de Dominique de Villepin contre le président ont redoublé d'intensité avec le procès.
"Assez des illusions de la rupture", clamait-il dans ses voeux en janvier en référence au slogan présidentiel.
S'il raille volontiers la posture de l'ancien Premier ministre, l'entourage de Nicolas Sarkozy concède "le pouvoir de nuisance" d'un homme blessé dont l'imprévisibilité inquiète.
Comme en anticipation, la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, chiraquienne ralliée à Nicolas Sarkozy, avait souligné mardi soir que "le gaullisme n'est pas la détestation de l'autre, c'est la main tendue à l'autre".
Marie-Anne Montchamp, député UMP du Val-de-Marne convertie à la cause villepiniste, veut croire désormais à "l'apaisement" mais appelle dans un même souffle à la "construction d'une alternative", d'"un autre modèle que les Français attendent".
Même s'il a toujours cru aux "additions" tactiques en politique, Dominique de Villepin peut être tenté de se reconstruire "contre". Et d'abord contre Nicolas Sarkozy.
"J'ai été blessé par l'image que l'on a voulu donner de la politique, de l'engagement qui a été le mien pendant 30 ans", a-t-il souligné jeudi, visant sans le nommer le chef de l'Etat.
"UN POUVOIR D'OPINION"
S'il entend désormais se consacrer entièrement à sa carrière politique, après s'être partagé entre ses activités d'avocat et sa passion pour la littérature, Dominique de Villepin doit avant tout se constituer des troupes au sein ou en dehors de l'UMP, machine de guerre de Nicolas Sarkozy.
Ses soutiens sont pour l'instant si ténus que les analystes politiques ne croient guère à une candidature à la présidentielle de 2012. "Se présenter à la présidentielle, ce n'est pas une mince affaire, c'est un coût financier énorme, il faut des parrainages, des réseaux", relève François Miquet-Marty. "2012, c'est demain".
"Il a un pouvoir d'opinion mais pas un pouvoir électoral dans le court terme", résume le directeur de Viavoice.
Dans un sondage Ifop publié début novembre 2009, Dominique de Villepin était crédité de 8% d'intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle de 2012.
Pour François Miquet-Marty, "il ne peut mordre que sur des sarkozystes déçus, éventuellement sur un électorat de centre-droit, bayrouistes déçus, mais ça ne fait pas une base électorale".
"Ce que je souhaite fortement, c'est que Dominique de Villepin (...) ne cherche pas à diviser", a dit jeudi la député sarkozyste Chantal Brunel, consciente du risque d'un émiettement des voix à droite au premier tour de l'élection de 2012.
Le "Club Villepin", lancé l'été dernier, revendique 7.000 adhérents et en vise 100.000 d'ici à la fin de l'année.
Dominique de Villepin, qui n'a de cesse de critiquer "une coupure entre les dirigeants et le peuple", va poursuivre ses déplacements en province. Il sera en Bretagne le 15 février.
"Maintenant, ce qui compte c'est qu'on puisse discuter des idées dans un climat qui soit si possible le plus apaisé, le plus tranquille et le plus ouvert au sein de l'UMP", a souligné jeudi le député "villepiniste" George Tron.
Avec Emile Picy à l'Assemblée, édité par Yves Clarisse