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PARIS (Reuters) - Le suicide en prison de Jean-Pierre Treiber, accusé du meurtre de Géraldine Giraud et de Katia Lherbier en 2004, suscite samedi la colère des proches des victimes et relance les critiques sur l'administration pénitentiaire.
Le corps de Jean-Pierre Treiber, qui s'est pendu avec un drap dans sa cellule de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), a été découvert par des surveillants lors d'une ronde peu après 07h00 samedi matin.
L'homme, placé seul dans une cellule du quartier d'isolement, était classé parmi les "détenus particulièrement surveillés", en raison de son évasion en septembre de la maison d'arrêt d'Auxerre (Yonne).
Ce statut obligeait les gardiens à faire des rondes plus rapprochée mais, selon plusieurs syndicats pénitentiaires, le suspect ne disposait pas d'un "kit de protection" contre les suicides.
Composés de matelas anti-feu, d'un drap indéchirable et d'un pyjama en papier à usage unique, ils avaient été lancés l'été dernier par la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, pour tenter d'endiguer les suicides dans les prisons.
Jean-Pierre Treiber, qui clamait son innocence, devait comparaître en avril devant la cour d'assises de l'Yonne.
Il risquait la réclusion à perpétuité.
Selon lepoint.fr, Jean-Pierre Treiber a laissé un mot avant de se pendre. "J'en ai marre d'être pris pour un assassin et d'être privé de ceux qui me manquent", aurait écrit le suspect.
Après son suicide, le parquet a ouvert une enquête judiciaire qu'il a confiée à la gendarmerie d'Evry et de Paris et, parallèlement, Michèle Alliot-Marie a ordonné une enquête administrative, a précisé le ministère de la Justice.
"Je ne comprends pas, que dans une prison à haute sécurité on puisse s'échapper comme ça, enfin s'échapper de la manière dont il s'est échappé", a déclaré Roland Giraud sur France Info.
"Il n'y aura pas de procès, certaines zones d'ombre ne seront jamais éclaircies", a déploré l'avocat de la famille Giraud, Me Francis Szpiner sur i>Télé. Ce suicide est à ses yeux un aveu car "un innocent se bat pour faire reconnaître son innocence".
FAILLES?
L'avocat de Jean-Pierre Treiber a expliqué de son côté que ce suicide n'était "pas une surprise" pour lui. Pendant l'instruction, a rappelé Me Eric Dupond-Moretti sur plusieurs médias, Treiber avait dit qu'il s'évaderait ou qu'il mettrait fin à ses jours.
Interrogé sur d'éventuelles failles dans la surveillance pénitentiaire, il n'a pas voulu se prononcer.
L'administration pénitentiaire avait déjà été pointée du doigt lors de l'évasion de Treiber.
Bénéficiant d'un poste de contremaître à l'atelier, il avait fui caché dans un carton transporté hors de la prison par le camion d'une entreprise. Son évasion n'avait été découverte qu'au bout d'une journée et la police avait mis deux mois et demi à le retrouver et l'arrêter.
En visite en Syrie, François Fillon a déclaré n'avoir pour l'instant aucun "élément pour (...) dire quelles sont les responsabilités" dans le suicide de Jean-Pierre Treiber.
Les représentants syndicaux des surveillants de Fleury-Mérogis ont assuré que tout avait été fait dans les règles samedi.
"Les personnes qui souhaitent mettent fin à leurs jours arriveront toujours à leur but", a estimé Marcel Duredon, délégué Force ouvrière. "On peut mettre une caméra ou un gardien derrière chaque porte, on n'empêchera pas quelqu'un de se suicider", a renchéri Gérald Ferjul, de l'UFAP-Pénitentiaire.
Dans un communiqué, la CGT-Pénitentiaire dénonce les "mesurettes et plans d'actions médiatisés inopérants" du gouvernement pour les prisons.
"Ce sont des personnels supplémentaires et une autre politique pénale qu'il faudrait pour faire face aux maux du système carcéral", souligne le syndicat dans un communiqué.
A la mort de Jean-Pierre Treiber est venue s'ajouter celle d'un homme de 47 ans, qui s'est tranché la gorge en détention provisoire à la prison de Toulon samedi, selon le collectif Ban public.
L'association a recensé 18 suicides ou morts suspectes en prison depuis le début de l'année. En 2009, l'Observatoire international des prisons a fait état de 122 suicides de détenus - un record.
Thierry Lévêque et Laure Bretton