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Achraf Hojouj - « Nous ne serons pas les derniers à être torturés »

Jean-Jacques Bourdin reçoit le médecin palestinien Achraf El Hojouj, libéré fin juillet avec les infirmières bulgares après huit ans dans les prisons libyennes.

La rédaction-Bourdin & Co |  RMC.fr  |  01/09/2007
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Achraf El Hojouj
© RMC Le médecin palestinien Achraf El Hojouj, libéré fin juillet avec les cinq infirmières bulgares
Jean Jacques Bourdin : Vous êtes médecin palestinien, naturalisé bulgare depuis deux mois, vous vivez à Sofia et il paraît que vous allez bientôt vous marier ?
Achraf El Hojouj : Oui. Je me marie bientôt avec une jeune femme bulgare de 31 ans, ingénieure à Sofia.
JJB : Revenons sur votre calvaire en Libye. Vous a-t-on dis pourquoi les autorités vous arrêtaient ?
AEH : Quand j’ai été convoqué la première fois au bureau de l’instruction en 1998, ils m’ont interrogé pendant trois jours puis ils m’ont libéré mais en gardant mes documents qui me permettaient de voyager. L’instruction tournait autour de trois axes majeurs : que j’avais des contacts tendres et proches avec des enfants malades de l’hôpital, ensuite parce qu’une infirmière libyenne avait rédigé un rapport sur moi pendant ma présence dans cet hôpital. Ce rapport disait que j’avais fait des falsifications, J’ai été remis en liberté. J’ai alors répliqué à ma manière en continuant à pratiquer la médecine. En 1999, j’ai, une nouvelle fois été convoqué, présenté devant l’instruction pour une affaire contre la Libye, comme quoi j’étais en relation avec certaines infirmières étrangères. Ils voulaient savoir ce qu’il se passait.
JJB : Quelles conditions de détention avez-vous eu ?
AEH : Durant 10 mois, j’ai fait l’objet d’une torture très structurée et programmée avec des moyens électriques entre autre. Ils m’empêchaient de dormir. C’était aussi une torture morale. Ils l’ont fait devant ma famille. Ils m’ont cassé trois dents. J’ai été violé par un chien policier. Ils m’ont menacé de faire subir la même chose à l’une de mes sœurs si je n’avouais pas. Le point principal de cette situation est qu’il fallait que j’avoue toutes les accusations. Les infirmières ont eu le même traitement, elles étaient torturées nues. Les interrogatoires ressemblaient beaucoup à des examens américains. Il fallait absolument donner la bonne réponse sinon ça ne s’arrêtait pas. Sinon ils continuaient. Je ne pouvais pas faire mes prières et quand je les faisais, ils me frappaient. Ce que nous avons subi dépasse largement ce que les américains ont fait aux prisonniers d’Abou Ghraib. Nos bourreaux n’avaient pas de conscience.
JJB : Connaissez-vous les conditions des négociations dans votre libération et le rôle de la France dans votre libération ?
AEH : Je suivais les informations assez régulièrement. J’ai vu que la première Dame de France, Cécilia Sarkozy était venue visiter la Lybie accompagnée de la représentante européenne en Lybie. Je sais que Madame Sarkozy a fourni beaucoup d’efforts pour nous libérer. Je lui suis très reconnaissant ainsi qu’à Monsieur Sarkozy. Il avait promis pendant les élections qu’il allait tout faire pour nous libérer, et il l’a fait. Ensuite, en interne je ne sais pas comment se sont déroulées les négociations. Le plus important est que les sept victimes soient libres.
JJB : Il y a bien eu des tractations ou des compensations pour la Libye, car c’est un point qui reste très obscur.
AEH : Il y a eu beaucoup de bruit sur cette question mais je ne veux pas rentrer dans ce genre de considérations car je sors de 8 ans de prison. Je veux juste que la communauté européenne et les Etats-Unis ouvrent un dossier sur les droits de l’homme en Libye. Car tous les jours il y a des victimes dans leurs prisons. Nous n’étions pas les seuls à souffrir et à être victimes. Nous n’étions pas les premiers et nous ne serons pas les derniers si rien n’est fait !
JJB : La communauté internationale doit-elle engager des discussions avec le Général Kadhafi pour que la Libye puisse avoir une technologie nucléaire civile ?
AEH : Je sais qu’une certaine partie de la population a besoin du nucléaire civil pour vivre. Je réfléchis en tant que médecin et bien sûr c’est une technologie moderne qui aide au développement. Mais il faut regarder de près les conséquences de ces actes.
JJB : Allez-vous porter plainte contre le gouvernement libyen et le Général Kadhafi ?
AEH : Oui je compte porter plainte devant la commission des droits de l’homme par le biais de mon avocat aux Pays Bas. Je vais me mobiliser jusqu’à la fin des mes jours pour prouver notre innocence. Il a pourri mon passé, mon présent et mon futur.
 
(traduction Yamina Abed Bey)

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