Jean-Luc : J’ai 34 ans, je suis papa de deux petites filles qui sont jalouses l’une de l’autre, tout en s’aimant énormément. La petite, âgée de deux ans, a un caractère bien trempé, et l’aînée de quatre ans et demi, a plus tendance à se laisser faire.
Brigitte Lahaie : A partir du moment où l’on fait deux enfants proches pour éviter la jalousie entre eux, on pose la jalousie comme une possibilité, et forcément elle arrive. Quand vous parlez de vos deux filles, vous parlez d’une aînée qui manifestement est dans une grande sérénité dans la mesure où elle est calme, où elle ne demande rien de plus, tout à fait assurée de ce qu’elle a reçu de ses parents, c’est son capital. Arrive la deuxième, qui est à un âge difficile, à l’âge de l’opposition, de la confirmation de soi, l’âge où l’on veut absolument avoir de la reconnaissance. Elle est donc dans l’envie d’être aussi grande que sa soeur, c’est-à-dire qu’elle prend sa soeur comme une locomotive qui tire un wagon et elle, elle est le wagon qui voudrait dépasser la locomotive.
Le plus simple dans une circonstance comme celle-là, c’est précisément de dire aux deux filles, quand elles sont ensemble, que vous ne les obligez pas à s’aimer mutuellement, mais que vous, leurs parents, vous les aimez autant et vous leur interdisez de faire du mal à l’autre. C’est sur ce mode-là, en leur permettant de ne pas s’aimer mais en leur interdisant de se faire du mal mutuellement, qu’elles vont pouvoir s’accepter. A partir du moment où la petite dernière aura franchi cette étape, dans une année, à peu près, vous verrez que les choses devraient tout à fait se tasser. Cela étant, cette sorte de concurrence est un moteur pour l’existence.