SOMMAIRE
tout le sommaire
© Reuters
Le gouvernement s'emploie à réfuter toute reprise en main politique de la télévision publique face au tollé déclenché par la proposition de Nicolas Sarkozy de faire nommer le président de France Télévisions par l'exécutif. /Photo d'archives/REUTERS/Eric G
PARIS (Reuters) - Médias et opposition ont dénoncé une "reprise en main" de la télévision publique voire une dérive
teintée de "népotisme" après la proposition de Nicolas Sarkozy de nommer le président de France Télévisions.
Au lendemain du discours présidentiel, le gouvernement s'est employé à réfuter toute prise de contrôle politique des
chaînes publiques.
L'annonce a relégué au second plan la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques au 1er décembre 2011
annoncée par le chef de l'Etat mercredi.
Dans son discours à l'occasion de la remise du rapport Copé sur le financement de la télévision publique, Nicolas
Sarkozy a indiqué qu'il souhaitait pour le président de France Télévisions une "nomination par l'exécutif après avis conforme
du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) et sous réserve qu'une majorité qualifiée de parlementaires n'y fasse pas
obstacle".
Le président de France Télévisions est actuellement nommé par le CSA. Le rapport Copé préconisait de confier la
nomination au conseil d'administration de France Télévisions.
François Fillon a estimé que confier à l'exécutif la nomination du président de France Télévisions mettrait fin à un système
"hypocrite (...) qui n'a jamais été un système indépendant ou autonome".
Le nouveau dispositif "a l'avantage à la fois d'être plus clair et mieux contrôlé", a déclaré le Premier ministre lors d'une
conférence de presse à l'issue d'une réunion avec la conférence des présidents du Parlement européen.
"Il y a suffisamment de verrous et de contrôle pour qu'on ne puisse pas parler de prise de contrôle du pouvoir", a déclaré
Christine Albanel sur France Info. "Il est logique que l'actionnaire nomme les dirigeants de France Télévisions", a ajouté la
ministre de la Culture.
Ministre "d'ouverture" au sein du gouvernement Fillon, Jean-Pierre Jouyet a fait entendre sa différence.
Ce procédé de nomination "a un parfum Ve république du début qu'il vaudrait peut être mieux éviter", a déclaré le
secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes sur Canal+.
"NÉPOTISME À LA POUTINE"
"On montre que c'est l'Etat qui sera le vrai décideur", a déploré sur France 3 Hervé Bourges. "C'est un vrai retour en
arrière", a estimé l'ancien président de France télévisions, de TF1 et du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
A ses yeux, la France se rapproche ainsi de "la situation italienne et c'est pas de bon augure".
"Un procédé digne de Berlusconi", l'analyse est partagée par la porte-parole des Verts. Avec cette nomination, France
Télévisions oscille entre "dérive berlusconienne et népotisme à la Poutine", ajoute Anne Souyris dans un communiqué.
"On rétablit la ligne de téléphone directe qui existait entre le ministre de l'Information" et la télévision du temps de l'ORTF,
la radio-télévision d'Etat jusqu'en 1974, a déploré le député socialiste Claude Bartolone sur BFM TV.
Pour Julien Dray, porte-parole du PS invité sur LCI, l'annonce de Nicolas Sarkozy est une illustration de
"l'hyperprésidentialisme" actuel contre lequel la gauche bataille.
"C'est quand même très symbolique (...) Il faut qu'on reprenne les mots d'ordre de 68 (tels que) 'libérez la télé' et il faut
surtout une très grande mobilisation pour sauver notre télévision publique", a déclaré Marie-George Buffet, la secrétaire
nationale du Parti communiste sur France Inter.
Avant elle, un présentateur de la matinale de la radio publique avait pris l'antenne en lançant "Bienvenue dans les studios
de l'ORTF".
"France Sarkovision", titre jeudi le quotidien Libération. "Dangereusement influent dans l'audiovisuel privé,
l'hyperprésident place le secteur public sous son contrôle politique direct", estime le directeur de la rédaction, Laurent
Joffrin, dans son éditorial intitulé "ORTF".
"Contrairement à Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy n'a pas les moyens d'acheter les chaînes de télévision dont il rêve",
ironise de son côté Le Monde. "A défaut, il a décidé d'en prendre le contrôle avec un mélange saisissant de cynisme et de
brutalité", peut-on lire dans l'édito du jour.
Service France, édité par Pascal Liétout