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La perquisition au siège parisien du magazine spécialisé Auto Plus et la garde à vue d'un de ses reporters suscitent de vives protestations et relancent le débat sur la protection des sources journalistiques./Photo d'archives/REUTERS
PARIS (Reuters) - La perquisition au siège parisien du magazine spécialisé Auto Plus et la garde à vue d'un de ses
reporters suscitent de vives protestations et relancent le débat sur la protection des sources journalistiques.
L'instruction judiciaire a été ouverte en août 2007 après une plainte contre "X" du constructeur automobile Renault
qui réagissait selon la société à la publication à l'été 2007 de photos et d'informations sur un projet de petit véhicule
censé être commercialisé trois ans plus tard.
La police judiciaire de Versailles a saisi des disques durs d'ordinateurs, des documents, des photos, copié des courriers
électroniques lors de la perquisition, qui a duré huit heures et demie mardi au siège de l'hebdomadaire.
Après sa garde à vue à la PJ, prolongée mercredi et qui peut durer jusqu'à jeudi matin, le reporter Bruno Thomas,
arrêté chez lui mardi peu après 06h00 du matin, devrait être présenté à un juge d'instruction en vue de sa mise en examen.
Un employé de Renault, qui serait sa source, a été mis en examen la semaine dernière, selon RTL.
"En accédant aux ordinateurs de nos journalistes, ils accèdent à toutes nos sources, ça pose un vrai problème pour notre
façon de travailler de manière indépendante et non liée aux constructeurs. Il faut savoir ce qu'on veut comme presse", a
dit à Reuters Laurent Chiapello, directeur de la rédaction d'Auto Plus.
"Les intérêts commerciaux de Renault ne nous paraissent pas relever de l'intérêt public, la liberté d'informer et d'être
informé, si", a déclaré le syndicat FO des journalistes.
Reporters sans frontières (RSF) a demandé la remise en liberté immédiate du reporter et la restitution du matériel
saisi. "La protection du secret des sources journalistiques est l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse. Une
fois encore, ce principe est violé", souligne l'organisation.
LAGARDE SOUTIENT PLUTÔT L'ACTION JUDICIAIRE
Un porte-parole de Renault a précisé que la plainte du constructeur ne visait pas un article publié en 2007 sur le
modèle de Mégane qui sera présenté en septembre prochain, mais des informations sur un projet de véhicule à plus long
terme, ce qui serait "inhabituel" et irait "trop loin".
"Cela tue la création, autant qu'on donne nos modèles aux journaux et aux concurrents. Ça sert à quoi de faire la
recherche ? On met la clef sous la porte. L'idée n'est pas d'attaquer Auto Plus mais de couper le tuyau qui alimente, de
trouver la source chez nous", a dit ce porte-parole à Reuters.
Tout en soulignant son intérêt pour la liberté de la presse, la ministre de l'Economie Christine Lagarde a estimé que les
secrets des sociétés relevaient de l'intérêt public.
"Le capital intellectuel généré par toutes les entreprises de France et qui permet le dépôt de brevets, de marques,
d'inventions et leur protection, ça relève de l'intérêt collectif", a-t-elle dit mercredi sur RMC et BFM-TV.
L'information judiciaire est ouverte pour "abus de confiance, modification de données résultant d'un accès frauduleux à
un système informatique, atteinte aux droits du producteur d'une base de données informatique, contrefaçon, révélation
d'un secret de fabrique et recel".
La perquisition dans un organe de presse est un acte rare en France, la liberté de la presse étant protégée. En mai
2007, une perquisition avait échoué au Canard enchaîné. En décembre 2007, le journaliste Guillaume Dasquié a été placé en
garde à vue et mis en examen pour avoir publié un document secret-défense.
Un projet de loi, qui doit être examiné en deuxième lecture à la rentrée au Sénat, interdit en théorie toute perquisition
dans une entreprise de presse ou au domicile d'un journaliste.
Mais des exceptions sont prévues dans les cas d'"impératif prépondérant d'intérêt public", de crime ou délit grave et
si cela est absolument nécessaire à l'enquête.
Les organisations de journalistes jugent ce texte trop vague et toujours contradictoire avec le "droit à l'information"
protégé par la Convention européenne des droits de l'homme.
Thierry Lévêque