Cathy : J’ai 46 ans et j’ai eu
une relation virtuelle avec un transsexuel. On s’est rencontrées sur un forum,
elle écrivait des belles choses, on est devenues amies et, au bout de quinze
jours, ça s’est transformé en amour. Je ne suis pas du tout lesbienne, mais
j’étais attirée par elle et je savais que c’était une femme qui avait toujours
son sexe d’homme. On a décidé de se
rencontrer, mais elle avait peur et était inquiète parce que son sexe d’homme
se réveillait quand on se parlait. Je ne suis pas allée au rendez-vous parce
que je n’ai pas supporté qu’elle veuille qu’on en revienne au stade de
l’amitié, et je n’arrive pas à envisager d'être amie avec elle après tous les
mots que l’on s’est dit. Paradoxalement, je ne sais pas si j’aurais
réussi à aller jusqu’au bout. J’ai beaucoup appris, et compris qu’il ne fallait
pas juger les gens.
Brigitte Lahaie : Votre témoignage est
très fort pour deux raisons : d’abord, c’était un peu fou, ça vous a fait
perdre un peu pied toutes ces notions, parce que tout d’un coup, on ne sait
plus si c’est un homme, si c’est une femme, qui l’on est, et c’est vrai que ça
a quelque chose de l’ordre du délire.
En même temps, je crois qu’il faut avant
tout se rappeler qu’on est quand même des êtres humains et que les sentiments
et les émotions sont là, on a tous aimé un homme et une femme puisqu’on a tous aimé
un père et une mère. Ce qui est très important, c’est que, dans le cas de cette
personne, il s’agit vraiment de quelqu’un que l’on appelle un transgenre,
c’est-à-dire qui n’est ni homme ni femme, qui évolue entre les deux, et c’est
ça qui est encore plus perturbant.
Le transsexuel, à un moment ou à un autre de
sa vie va prendre une entité qui va être rassurante pour la personne en face,
il deviendra femme ou homme. Un transgenre, c’est quelqu’un qui est dans un
parcours qui l’amène à être dans cette espèce d’ambiguïté, qui peut-être très
douloureuse. Ce qui est important, c’est de ne pas oublier que l’amour est
quelque chose qui se vit entre deux êtres, entre deux entités sexuées, et
après, le corps est une expression de cet amour. Quelquefois, l’expression de
cet amour est rendue difficile par l’identité, et par nos propres blocages.