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Laurence Parisot, "patronne des patrons" français. Les "parachutes dorés" des grands patrons français sont désormais sur la sellette, le Medef s'étant prononcé en faveur de leur disparition. /Photo prise le 23 septembre 2008/REUTERS/Benoît Tessier
par Gwénaëlle Barzic
PARIS (Reuters) - Les "parachutes dorés" des grands patrons français sont désormais sur la sellette, le Medef s'étant prononcé en faveur de leur disparition avant une possible annonce du chef de l'Etat à Toulon.
La suppression de ces indemnités souvent astronomiques touchées par les grands dirigeants licenciés après un échec, une fusion, ou une restructuration fait débat au moment où la crise financière internationale fait des ravages.
Il s'agissait d'une des promesses de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, qui devait prononcer jeudi soir un grand discours économique en pleine tempête.
A New York, où il a plaidé pour une moralisation du système financier et du capitalisme, le président français a réaffirmé sa volonté d'y mettre un terme.
"Moi, les grandes rémunérations, je n'ai aucun problème avec, à une seule condition : c'est qu'elles rémunèrent de grands risques", a-t-il dit en marge de l'Assemblée générale de l'Onu. "Or le parachute doré, c'est quoi ? C'est un système où, si on réussit, on gagne un bonus, si on échoue, on a un bonus aussi. Ce n'est pas compatible avec l'économie de marché."
Laurence Parisot, "patronne des patrons" français, qui a été reçue mercredi soir à l'Elysée par le chef de l'Etat, a annoncé que son organisation recommanderait dans les prochains jours la suppression de cette pratique.
"Je sais que le comité éthique du Medef va recommander la suppression des parachutes dorés", a-t-elle déclaré jeudi sur France Inter.
Dans le sillage du scandale des fonds secrets de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), elle avait promis d'engager une réflexion sur la rémunération des grands patrons, en mettant notamment en place au printemps un comité d'éthique chargée de réfléchir à cette question.
Elle a précisé que ce comité rendrait publiques ses recommandations dans les prochains jours.
La présidente du Medef a par ailleurs ajouté qu'elle avait proposé à ses homologues patronaux du G8 d'organiser "le plus vite possible, dans le mois qui vient, une réunion exceptionnelle du G8 patronal".
"RÉCOMPENSE DE L'ÉCHEC"
Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), s'en est félicitée.
"Je dis bravo. La récompense de l'échec est scandaleuse au moment où il y a toute une partie des société bancaires et financières qui sont en train de s'effondrer", a-t-elle dit à Reuters par téléphone. "Ce serait quand même un comble que les gens qui ont mis le monde à feu et à sang puissent s'en aller fortune faite. Il faut éviter cela à tout prix".
Selon elle, toutes les initiatives prises jusqu'à maintenant n'ont pas permis de mettre fin à une pratique qui "soulève des tollés dans le monde entier".
En août 2007, la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (TEPA) a lié l'attribution de parachutes dorés aux performances du dirigeant dans l'entreprise.
Pour Colette Neuville, "cela ne suffit pas". "Evidemment les actionnaires, s'ils étaient suffisamment mobilisés, pourraient l'empêcher mais ça n'est pas le cas", a-t-elle expliqué.
Le débat sur la rémunération des grands patrons revient à intervalles réguliers .
Selon une étude publiée par la Tribune, les patrons français disposent en Europe des indemnités de départ les plus élevées.
Cette enquête réalisée en 2006 par le cabinet Hay Group auprès de 350 entreprises européennes et américaines souligne qu'ils reçoivent "le double du total de leur salaire de base et de leur bonus annuel" sous forme d'indemnités de départ alors que seule la moitié des dirigeants américains reçoivent un tel niveau de prime de départ.
S'ils font parler d'eux, les parachutes dorées ne constituent qu'une fraction de l'argent perçu par les patrons à leur départ - stock-options, bonus ou "retraite chapeau" - toutes mesures qu'il n'est pas question de remettre en cause, même si Laurence Parisot a évoqué l'idée d'un plafond global.
(Gwénaelle Barzic, édité par Yves Clarisse)