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Le château de Vaduz, la capitale du Liechtenstein, qui figure - avec Monaco et Andorre - sur la liste des paradis fiscaux de l'OCDE. Sur fond de crise financière, l'Allemagne et la France ont lancé mardi une offensive commune contre les paradis fiscaux, B
par Laure Bretton
PARIS (Reuters) - L'Allemagne et la France ont lancé mardi une offensive commune contre les paradis fiscaux dans le contexte de la crise financière, Berlin demandant même que la Suisse soit inscrite sur la "liste noire" de l'OCDE.
Au terme d'une réunion co-organisée par Paris et Berlin, 17 pays ont demandé que l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) révise cette liste des pays non coopératifs d'ici l'été 2009.
La Suisse, comme le Luxembourg et l'Autriche, qui préservent leur secret bancaire, avaient choisi de ne pas y participer à la rencontre de Bercy. Les Etats-Unis, en pleine campagne présidentielle, étaient également absents.
La liste noire de l'OCDE ne compte actuellement que trois pays - Monaco, Andorre et le Liechtenstein - et l'Allemagne, qui a mis à jour l'an dernier un scandale de fraude fiscale de ses contribuables vers le Liechtenstein, est d'humeur combative.
Pour que la refondation du capitalisme financier soit efficace, la France, qui préside actuellement l'Union européenne, exhorte ses partenaires à s'attaquer aux paradis fiscaux, dans des termes de plus en plus véhéments.
François Fillon s'en est pris aux "trous noirs" de la finance mondiale mercredi dernier, avant un discours de Nicolas Sarkozy jeudi à Bruxelles appelant à la disparition de ces "zones d'ombre" du système international.
Devant le Parlement européen mardi, le chef de l'Etat a avancé l'idée qu'aucune banque bénéficiant d'aides publiques dans le cadre des plans de sauvetage européens ne puisse "travailler dans les paradis fiscaux".
Selon les estimations d'un collectif d'ONG, dont Transparency International (TI), plus de 400 banques, deux tiers des 2.000 hedge funds et deux millions environ de sociétés financières sont hébergés dans la soixantaine de paradis fiscaux et judiciaires recensés dans le monde, dont la moitié en Europe.
"Aujourd'hui, il y a très peu de monde, très peu d'Etats qui figurent sur (la liste de l'OCDE) contrairement à la réalité des choses", a déploré le ministre français du Budget Eric Woerth, lors d'une conférence de presse à Bercy.
"Certains Etats s'étaient engagés à faire des progrès, ils ne les ont pas faits, ils doivent être réintégrés à cette liste de paradis fiscaux", a-t-il ajouté, sans citer de noms.
LA SUISSE DANS LE COLLIMATEUR
Il a cependant dressé la liste des pays sur lesquels il souhaitait "mettre la pression en attendant d'avoir bâti la liste" noire: les Bahamas, les îles Caïman, les îles virges britanniques, Samoa ou Singapour.
"Nous n'avons pas l'habitude de montrer du doigt (...) mais on ne peut pas laisser un certain nombre de pays bénéficier des conditions non loyales", a-t-il dit.
Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, s'en est ouvertement pris à la Suisse, coupable à ses yeux d'offrir des conditions encourageant le contribuable allemand à frauder. Il a également estimé qu'il y avait trop de difficultés à coopérer avec les autorités suisses en cas d'évasion fiscale avérée.
"Je ne remets pas en cause la souveraineté de la Suisse ou du Liechtenstein. C'est en fait le contraire qui se passe : c'est la souveraineté de l'Allemagne qui est mise à mal par les conditions offertes par certains pays", a-t-il déclaré.
La Suisse fait des progrès" mais sa définition de la fraude fiscale est "beaucoup trop réduite", a pour sa part estimé le ministre français du Budget, Eric Woerth, plus prudent.
D'ici au printemps 2009, il s'agit de "parvenir à une liste des paradis fiscaux, une liste noire officielle, partagée par la communauté internationale", a expliqué Eric Woerth. Il faut "faire totalement le ménage dans la liste noire".
Paris et Berlin organiseront en juin 2009 une réunion sur les paradis fiscaux dans la capitale allemande pour faire le point sur les mesures envisagées.
"Si la carotte ne suffit pas, alors ce sera le bâton", a prévenu Peer Steinbrück, un social-démocrate.
D'ici à la réunion de Berlin, s'organisera une "sorte de collecte des meilleures pratiques" nationales en matière de lutte contre la fraude fiscale, a précisé Eric Woerth, qui a notamment évoqué l'idée de "s'abstenir de signer des conventions fiscales avec les Etats ne pratiquant pas la transparence".
Edité par Yves Clarisse