SOMMAIRE
tout le sommaire
© Reuters
L'AUTOMOBILE EN FRANCE
par Yann Le Guernigou
PARIS (Reuters) - Le logement et l'automobile, deux secteurs en panne, seront prioritaires dans le plan de relance que doit dévoiler jeudi Nicolas Sarkozy, mais les contraintes budgétaires du gouvernement devraient limiter les mesures immédiates en faveur de la consommation.
D'ultimes réunions d'arbitrage se poursuivaient mardi pour boucler ce plan de 20 milliards d'euros, soit environ 1% du produit intérieur brut (PIB) de la France, a-t-on indiqué dans l'entourage du Premier ministre François Fillon.
De même source, on a précisé que l'octroi ou non d'une aide directe exceptionnelle aux plus démunis - "prime" ou "chèque" - faisait notamment débat au sein de l'exécutif.
Le Monde a fait état dans son côté d'un projet de "prime à la casse" de 1.000 euros pour les véhicules anciens, qui serait cumulable avec les incitations ("bonus-malus") à l'achat de voitures moins polluantes déjà en vigueur.
François Fillon a cependant averti que le plan serait "essentiellement tourné vers l'investissement" et ne consisterait pas "à distribuer des chèques simplement pour relancer la consommation".
"Il faut prendre des mesures de court terme mais il faut en profiter aussi pour prendre des mesures qui, à moyen terme continuent de soutenir l'économie, que ce ne soit pas de l'argent qu'on met dans la chaudière, c'est-à-dire de l'argent qu'on brûle et qui ne sert à rien. Certains Etats ont fait ça, c'est coûteux et ça ne sert à rien", a déclaré pour sa part Eric Woerth, le ministre du Budget.
Paris a exclu ainsi des baisses du taux normal de TVA comme celles déjà annoncées en Grande-Bretagne.
AIDER LES SOUS-TRAITANTS
Le plan reprendra des mesures déjà annoncées par Nicolas Sarkozy, comme la suppression de la taxe professionnelle jusqu'à fin 2009 sur les nouveaux investissements ou la simplification des procédures d'appels d'offres pour les marchés publics.
Le chef de l'Etat a indiqué aussi qu'il comporterait un volet travaux d'infrastructure qui pourrait se traduire par l'accélération de projets existants, notamment dans la grande vitesse ferroviaire (achèvement de la LGV Est ou construction de la ligne Tours-Bordeaux).
Le logement et l'automobile, deux secteurs qui pèsent lourd dans l'économie et sont au coeur des préoccupations, y figureront en bonne place.
Pour le premier, le programme de rachat par l'Etat de 30.000 logements en projet chez des promoteurs annoncé cet automne ainsi que la possibilité de son extension seront confirmés.
Eric Woerth a également mentionné une augmentation des enveloppes consacrées aux prêts à taux zéro pour l'acquisition de logements et une "mobilisation" de la trésorerie, qu'il a chiffrée à près de dix milliards d'euros, des organismes HLM.
S'agissant de l'automobile, le gouvernement a déjà annoncé des aides à l'investissement pour la conception de véhicules "verts". Elle bénéficiera également de "mesures ponctuelles d'aide à la commercialisation" - des subventions ou une prime à la casse, selon Eric Woerth - pour aider les constructeurs à diminuer leurs stocks.
Nicolas Sarkozy a également en projet la création d'un fonds d'investissement dédié à la filière automobile, pour aider les sous-traitants du secteur. Afin de limiter autant que faire la casse dans les emplois, il a annoncé en outre son intention d'allonger et de mieux rémunérer le chômage partiel, auquel les constructeurs ont actuellement un recours massif, ce qui passera néanmoins par des négociations avec les partenaires sociaux.
MÉNAGER LA TRÉSORERIE DES ENTREPRISES
L'Etat entend aussi soulager la trésorerie des entreprises en difficulté via des remboursements accélérés de TVA et d'impôt sur les sociétés, ou encore en raccourcissant ses délais de paiement.
Le gouvernement, qui table sur un déficit public à 3,1% du PIB en 2009 - plus que les 3% autorisés par le traité de Maastricht, qui est mis entre parenthèses pour cause de "circonstances exceptionnelles" -, a reconnu que ce plan aurait un impact, d'autant plus qu'il s'est engagé à ne pas compenser les diminutions de recettes fiscales du fait de la crise.
François Fillon a exclu que les déficits dérapent jusqu'à 4%, mais cet engagement sera bien difficile à tenir, estiment les économistes.
Ceux de la Société générale anticipent par exemple des déficits publics à 4% du PIB pour la France en 2009 et ceux de BNP Paribas, encore plus pessimistes, à 4,5%, et ce sur la base d'une croissance française négative de 0,7% pour les premiers et 1,1% pour les seconds.
"Les aides doivent être à tout prix ponctuelles, réversibles. La France n'a pas les moyens d'engager de lourdes dépenses sur moyenne période", estime Alexandre Law, de l'institut Xerfi.
Avec la contribution de Sophie Louet, édité par Yves Clarisse