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Barack Obama et sa fille Sasha, à leur arrivée à la Maison blanche. Barack Obama a pris mardi ses fonctions de 44e président des Etats-Unis en appelant ses compatriotes à rebâtir une Amérique responsable et ouverte sur le monde. /Photo prise le 20 janvier
par Steve Holland et Caren Bohan
WASHINGTON (Reuters) - Barack Obama a pris mardi ses fonctions de 44e président des Etats-Unis en appelant ses compatriotes à rebâtir une Amérique responsable et ouverte sur le monde.
"A compter d'aujourd'hui, nous devons nous relever, nous épousseter et entreprendre à nouveau de rebâtir l'Amérique", a déclaré le premier président noir des Etats-Unis après avoir prêté serment devant une foule immense à Washington.
"Ce que l'on attend de nous désormais, c'est une nouvelle ère de responsabilité, que chaque Américain réalise que nous avons des devoirs envers nous-mêmes, envers notre nation et envers le monde, des devoirs que nous n'acceptons pas avec réticence mais avec joie", a-t-il ajouté.
Les acclamations des centaines de milliers de spectateurs rassemblés aux abords du Capitole à Washington ont retenti quand Obama a prêté serment, la main droite levée et l'autre sur la Bible utilisée pour l'investiture d'Abraham Lincoln, en 1861.
Arborant un sourire radieux, le 44e président américain a ensuite embrassé sur les joues son épouse Michelle et ses filles Malia et Sasha. Puis il s'est tourné vers les innombrables spectateurs venus braver le froid pour assister à cet événement historique et entendre son premier discours présidentiel.
UN DISCOURS DE RUPTURE
Point par point, le président démocrate s'est démarqué de son prédécesseur George Bush dans cette allocution de 18 minutes appelant les Américains à se préparer à des sacrifices à l'image des pères fondateurs et des anonymes qui ont bâti le pays.
D'emblée, l'orateur s'est efforcé de tempérer l'enthousiasme en évoquant une situation économique d'une gravité sans précédent depuis 70 ans ainsi que les guerres d'Afghanistan et d'Irak, qui ont, dit-il, plongé le pays "au coeur de la crise".
"Sur ce chemin, nous nous rassemblons parce que nous avons choisi l'espoir plutôt que la peur, la cohésion vers l'objectif plutôt que le conflit et la discorde." "La crise qui frappe le pays, a poursuivi Obama, est le fruit de "la cupidité et de l'irresponsabilité de certains".
"L'état de l'économie impose l'action, ferme et rapide, et nous allons agir!", a-t-il martelé, promettant de garder un "oeil attentif" sur les marchés financiers et de redonner sa place à la science et aux "merveilles de la technologie" pour améliorer la santé publique.
Barack Obama a rendu hommage aux anciens combattants, aux pionniers et à ses ancêtres noirs, notamment à ceux qui ont "enduré le fouet et labouré la terre dure", et promis de faire preuve de responsabilité dans le rapatriement des forces déployées en Irak.
"Je vous dis aujourd'hui que les défis auxquels nous sommes confrontés sont réels, ils sont graves et nombreux", a souligné Obama. "Ils ne seront pas relevés facilement ni rapidement. Mais sache, Amérique, qu'ils le seront."
Barack Obama s'est engagé à ramener la paix en Afghanistan et à forger de nouvelles relations avec le monde musulman. Le président des Etats-Unis a par ailleurs averti que l'Amérique resterait d'une grande fermeté face au terrorisme.
"Nous n'allons pas nous excuser pour notre mode de vie, ni baisser la garde dans sa défense, et que ceux qui comptent atteindre leurs buts en recourant au terrorisme et en massacrant des innocents sachent que notre esprit est plus fort et qu'il ne peut être vaincu; vous ne pouvez nous survivre et nous vous vaincrons!"
Mais dans une allusion claire aux pratiques les plus décriées de l'administration Bush, le 44e président a aussi jugé qu'il n'y avait pas lieu de choisir entre "notre sécurité et nos idéaux". "Sachez que l'Amérique et l'amie de toutes les nations et de tous les hommes, femmes et enfants avides d'un avenir de paix et de dignité et que nous sommes prêts à ouvrir à nouveau la voie", a-t-il ajouté.
Sur ordre du nouveau président, les procureurs des tribunaux de Guantanamo ont demandé mardi aux juges militaires de geler les procédures pendant 120 jours, a-t-on appris de source proche des tribunaux. Leur requête sera examinée mercredi.
DE FORTES ATTENTES
Après ce discours, le nouveau président a assisté à un dîner offert en son honneur par le Congrès, au cours duquel Edward Kennedy a été pris d'un malaise et évacué sur une civière. Le sénateur démocrate, qui est âgé de 76 ans, souffre d'une tumeur au cerveau mais les médecins ont livré par la suite un diagnostic rassurant et déclaré qu'il sortirait probablement de l'hôpital dès mercredi.
Serré de près par les membres du Secret Service, Barack Obama a ensuite entamé à pied avec son épouse les trois kilomètres séparant le Capitole de la Maison blanche, en tête de la traditionnelle parade présidentielle sur Pennsylvania Avenue.
Huit mille agents des forces de l'ordre avaient été déployés et 32.000 militaires mobilisés ou mis à disposition. Une bonne partie du centre de Washington était convertie en "forteresse" et interdite aux véhicules particuliers.
Aucun président n'a entamé son premier mandat avec une telle cote de popularité - 78% selon le dernier sondage Gallup -, ce qui contraste fortement avec la cote de George Bush, qui a regagné son ranch de Crawford en déclarant: "Rien ne vaut un coucher de soleil sur le Texas."
Dans le même temps, la nouvelle administration a annoncé le gel des réglementations en suspens héritées du précédent gouvernement afin de procéder à leur examen. Le Sénat a aussi repris ses auditions et confirmé plusieurs membres du gouvernement.
Soulignant la difficulté de la tâche qui s'annonce, l'enthousiasme perceptible à Washington lors de la prestation de serment ne s'est pas propagé jusqu'à Wall Street (-4%), où les investisseurs restent d'abord inquiets de la situation des banques et de la crise majeure dont hérite le nouveau président.
Mercredi, le nouveau patron de la Maison blanche doit rencontrer les commandants de l'armée pour discuter de la situation en Afghanistan et en Irak. Il doit aussi réunir ses conseillers économiques pour évoquer ses projets de relance.
Mardi soir, Barack Obama et son épouse ont inauguré dix bals donnés en leur honneur dans la capitale fédérale. "Aujourd'hui, nous faisons la fête, mais demain le travail commence", a conclu le 44e président des Etats-Unis.
Version française Eric Faye, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse