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LE SALAIRE DES PATRONS
PARIS (Reuters) - La majorité gouvernementale française veut légiférer sur les rémunérations patronales après la polémique sur les stock-options auxquelles quatre haut dirigeants de la Société générale ont dû renoncer.
Après les critiques du chef de l'Etat et de plusieurs ministres, ils ont dit adieu lundi à 320.000 stock-options, regrettant n'avoir "pas su expliquer" le dispositif.
"La nécessité d'une loi s'impose de jour en jour quand des acteurs économiques ne comprennent pas qu'ils doivent prendre des décisions eux-mêmes", a déclaré lundi le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, lors d'un point de presse.
Selon le porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, le parti majoritaire veut aussi demander aux filiales françaises de banques étrangères d'obéir aux mêmes règles déontologiques que celles qui seraient adoptées pour les banques françaises.
Cette année, il s'agirait pour les dirigeants de ces filiales de "renoncer à leurs rémunérations variables, voire, le cas échéant, aux stock-options", a-t-il précisé.
Concernant une société qui a perdu en 2008 4,9 milliards d'euros en trading dans l'affaire Kerviel, s'ajoutant à la 'facture' de 2,5 milliards des "subprimes", l'épisode de la Société générale a relancé le débat, d'autant que l'Etat a renfloué la banque en lui versant 1,7 milliard d'euros.
Peu satisfaite du "code de bonne conduite" établi par le patronat, l'UMP veut dont légiférer, emboîtant le pas au Congrès américain qui a voté une taxation maximale des "bonus" patronaux dans les entreprises financières aidées par l'Etat.
Nicolas Sarkozy avait promis lors de sa campagne présidentielle il y a deux ans de légiférer sur les "parachutes dorés". Au début de la crise, il avait obtenu que les patrons des banques renflouées par l'Etat renoncent à leurs "bonus".
PARISOT RECHIGNE
Le cadre envisagé semble encore flou. Selon Frédéric Lefebvre, il s'agirait d'empêcher que les patrons puissent augmenter la part variable de leurs rémunérations sans que les salariés bénéficient aussi de gratifications.
Cette approche semble plus large que celle envisagée dimanche par la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui envisageait, elle aussi, une loi, mais ne parlait que de la "pertinence des stock-options".
Une proposition de loi en préparation prévoit d'augmenter la fiscalité sur les stock-options. La gauche propose de son côté de plafonner les rémunérations et d'interdire purement et simplement, pour un temps, bonus et stock-options.
Le sujet est complexe car, depuis plusieurs décennies, les dirigeants de sociétés ont multiplié les éléments de rémunération à côté de leurs salaires fixes.
Ils peuvent cumuler des actions gratuites et les dividendes en résultant, des stock-options (possibilité d'acheter des actions à un cours fixé à l'avance et de les revendre avec plus-value), des "parachutes dorés", des "golden hellos" (primes de bienvenue) ou encore des "retraites chapeau" (indemnités de retraite s'ajoutant aux versements légaux).
Le tout aboutit fréquemment à des revenus de plusieurs millions d'euros annuels. Depuis le début de la crise financière, l'action législative s'est limitée à un encadrement très réduit des "parachutes dorés".
Jusqu'ici, le Medef résiste et Laurence Parisot, qui sera auditionnée mercredi par la commission des Lois de l'Assemblée nationale, a estimé que l'affaire ne concernait pas l'Etat.
"Le Medef n'a pas le pouvoir d'imposer quoi que ce soit. Mais nous sommes conscients de notre autorité morale. C'est pourquoi nous allons répondre dans la semaine", dit-elle dans un entretien publié lundi dans Le Parisien-Aujourd'hui.
Certains grands patrons sont aussi réticents. "Croire qu'on résoudra la crise en se focalisant uniquement sur les sujets de rémunération serait un peu naïf", a dit lundi sur RTL Henri de Castries, président du directoire d'Axa.
S'il veut légiférer sur les rémunérations, le gouvernement français exclut toujours de revenir sur le "bouclier fiscal" voté à l'été 2007, dispositif qui a permis en 2008 à quelques centaines de contribuables aisés de se faire rembourser en moyenne 368.000 euros par l'Etat.
Thierry Lévêque, avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse