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© Reuters
Le directeur des Ressources humaines de Caterpillar France Maurice Petit après sa séquestration avec deux autres responsables, à Grenoble. Le gouvernement estime que les séquestrations de dirigeants d'entreprise sont injustifiables alors que le débat sur
PARIS (Reuters) - Le gouvernement estime que les séquestrations de dirigeants d'entreprise sont injustifiables alors que le débat sur ce mode de contestation radicalisée s'amplifie en France.
"On peut entendre l'inquiétude, le désarroi des salariés mais cela ne justifie en aucun cas le recours à la violence, le recours à la séquestration", a déclaré Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, lors d'une conférence de presse.
Face à la "violence absolument inouïe" de la crise, a-t-il toutefois reconnu, "on peut comprendre le désespoir des salariés". "Quand vous êtes dans une entreprise depuis 25 ans et que l'entreprise ferme, c'est une vie qui s'écroule."
Les cas de dirigeants d'entreprise retenus contre leur gré par des salariés qui s'opposent à la fermeture de leur usine ou à un plan de licenciements se sont multipliés ces dernières semaines en France, signe d'une radicalisation de la contestation sociale.
Après le P-DG de Sony France, le directeur industriel du groupe pharmaceutique 3M et quatre membres de la direction de Caterpillar, ce sont des cadres d'une usine Scapa de Bellegarde-sur-Valserine (Ain) qui ont été retenus mercredi plusieurs heures par des salariés.
LA GAUCHE COMPREND, LE PATRONAT S'INQUIÈTE
Sans légitimer ce type de pratique, Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, estime que le recours aux séquestrations s'explique par "la pauvreté du dialogue social" en France.
"Dans notre pays, à chaque fois qu'il y a un problème, on tombe souvent dans la radicalité parce que les mécanismes du dialogue social fonctionnent mal", a-t-il déclaré sur Canal+.
"Je ne suis pas pour la violence mais si tout cela se produit c'est parce qu'il y a un fond de désespérance sociale", a-t-il ajouté.
Pour José Bové, candidat aux élections européennes de juin à la tête d'une liste Rassemblement-Europe Ecologie, les salariés recourent aux séquestrations car c'est le seul moyen pour eux d'être entendus du patronat.
"On voit qu'après chacune de ces opérations (...), les employeurs décident d'augmenter les allocations pour les salariés qui vont être licenciés", a-t-il déclaré sur France Info.
"Comment se fait-il, en France, qu'il faille attendre que des salariés au bout du rouleau soient obligés d'enfermer quelques cadres dans une salle pour que la direction de ces entreprises décide d'apporter une rallonge ? Je crois qu'il faut inverser le processus et que la logique de négociation l'emporte", a-t-il ajouté.
Pour Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, il s'agit avant tout pour les salariés "d'une mesure de survie".
"Les travailleurs utilisent les moyens qu'ils ont pour se défendre. Je comprends, je suis solidaire", a-t-elle dit sur i-Télé.
"On va pas non plus en faire toute une histoire. Quand (les dirigeants) sont gardés quatre heures ou même peut-être une nuit pour négocier (...), ce n'est pas non plus la catastrophe du siècle", a-t-elle ajouté, dénonçant la "plus grande violence" dont sont victimes selon elle les salariés privés d'emploi.
Le patronat, lui, redoute que cette pratique dissuade des entreprises étrangères d'investir en France.
"Il faut faire attention à ce que ces entreprises ne se délocalisent pas définitivement", a déclaré Jean-Francois Roubaud, président de la CGPME sur i-Télé. "Ce ne serait pas à l'avantage ni de la France ni des salariés."
Les séquestrations ont été dénoncées mardi par le président Nicolas Sarkozy, qui s'est engagé à ne pas laisser "faire les choses comme ça". Selon deux sondages récents, les Français se montrent assez largement compréhensifs envers ce type de mouvements.
Clément Dossin, avec Véronique Tison, édité par Gilles Trequesser