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Le cinéaste taïwanais Tsai Ming-Liang (au centre) présente sur la Croisette son film "Visage". Ses intentions restent insondables d'un bout à l'autre des deux heures et 18 minutes du film où évoluent trois "célébrités" françaises: Fanny Ardant (à gauche),
par Wilfrid Exbrayat
CANNES (Reuters) - Les vingt films en compétition officielle projetés, la tâche s'annonce ardue à Cannes pour le jury présidé par Isabelle Huppert, la cuvée 2009 risquant de ne pas rester dans les annales.
Le palmarès du 62e festival du cinéma doit être annoncé dimanche en début de soirée, pendant la cérémonie de clôture qui se terminera par la projection du film de Jan Kounen "Coco Chanel et Igor Stravinsky".
Si le jury suivait les engouements de la presse française et internationale présente sur la Croisette depuis le 13 mai, "Un prophète" de Jacques Audiard décrocherait la Palme d'or ce qui en ferait le deuxième film français à obtenir la plus haute récompense en deux ans - un fait sans précédent.
En 2008, le jury présidé par Sean Penn avait distingué la saga scolaire "Entre les murs" de Laurent Cantet.
"Bright Star", qui marque le retour de la Néo-Zélandaise Jane Campion à Cannes, et "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar sont les outsiders les plus sérieux pour la presse internationale, si l'on en croit le classement publié quotidiennement par la revue Screen, qui s'est interrompu mercredi.
La presse française, suivant le classement du Film Français clos samedi, plébiscite également le dernier opus du réalisateur espagnol et "Les herbes folles" d'Alain Resnais.
Pour le Prix d'interprétation féminine, les noms d'Abbie Cornish ("Bright Star"), de Katie Jarvis ("Fish Tank") ou de Giovanna Mezzogiorno ("Vincere) reviennent régulièrement.
Steve Evets ("Looking for Eric"), Tahar Rahim ("Un prophète"), Christoph Waltz ("Inglourious Basterds") seraient leur pendant pour le Prix d'interprétation masculine.
"INÉGAL"
Dans l'ensemble, la sélection des films en compétition a accouché de bon nombre de déceptions en onze jours.
Pour Aurélien Ferenczi, de Télérama, ce festival "est allé decrescendo". "Si on la rapporte aux noms qui étaient présents", ajoute le critique.
"Très inégal", commente de son côté Michel Ciment, rédacteur en chef de la revue Positif. A ses yeux, si ce qu'on appelle les "abonnés", les grands noms du cinéma qui reviennent souvent à Cannes, n'avaient pas été là, "la compétition aurait été extrêmement médiocre".
Jean-Michel Frodon, directeur de la rédaction des Cahiers du Cinéma, a une opinion opposée.
Pour lui, ce fut "globalement, une très bonne sélection pour l'ensemble du festival et un très, très bon niveau pour ce qui concerne la compétition".
L'Américain Quentin Tarantino a été plus apprécié par la presse française que par la presse internationale. Mais son "Inglourious Basterds", dont Brad Pitt partage la vedette avec la Française Mélanie Laurent, a laissé une impression mitigée.
"Bright Star" de Jane Campion, seule femme à avoir remporté une Palme d'or, en 1993 pour "La leçon de piano", est magnifique même si beaucoup reprochent à cette histoire d'amour entre le poète John Keats et sa voisine Fanny Brawne d'être trop classique.
TORTURE
"Looking for Eric", sur les traces du footballeur Eric Cantona, est un film charmant voire émouvant même s'il reste éloigné du niveau auquel Ken Loach, Palme d'or 2006 pour "Le vent se lève", avait habitué la Croisette.
Reste "Antichrist", la dernière oeuvre du Danois Lars von Trier qui a profondément divisé la critique.
Peu nombreux sont les journalistes à soutenir ce film d'une richesse impressionnante racontant le conflit d'un couple, Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe, qui vient de perdre son enfant, ponctué de scènes de mutilation extrêmement éprouvantes..
L'Asie avait mobilisé cinq films dans la bataille pour la palme mais n'a guère brillé.
Les valeurs reconnues Park Chan-wook (Corée) et Johnnie To (Hong Kong) ont livré des longs métrages en-deçà de leurs aptitudes et le Chinois Lou Ye, le Taïwanais Tsai Ming-Liang et le Philippin Brillante Mendoza n'ont pas relevé le niveau.
Avec "Fish Tank", la très prometteuse cinéaste britannique Andrea Arnold a dilué la tension en faisant trop long, un défaut chronique de cette sélection 2009.
Deux longs-métrages se classent à part: "Le ruban blanc", film très fort et subtil de l'Autrichien Michael Haneke, et "The Time that Remains", emblématique de la manière si particulière du Palestinien Elia Suleiman.
Edité par Laure Bretton