SOMMAIRE
tout le sommaire
© Reuters
Débris de l'A330 d'Air France qui s'est abîmé dans l'océan Atlantique dans la nuit du 1er au 2 juin. Selon le rapport d'étape du Bureau d'enquêtes et analyses, près de six heures se sont écoulées dans la nuit du 1er juin entre le premier indice d'un possi
par Clément Guillou
PARIS (Reuters) - Près de six heures se sont écoulées dans la nuit du 1er juin entre le premier indice d'un possible problème pour le vol AF447 Rio-Paris et le déclenchement des recherches, indique le rapport d'étape du BEA.
Le chef de l'enquête technique, Alain Bouillard, s'est inquiété jeudi, lors de la diffusion des éléments du Bureau d'enquêtes et analyses, d'un "dysfonctionnement" dans le processus d'alerte.
A 02h20, heure universelle, Dakar aurait dû voir passer l'avion sur ses radars. Or, Madrid n'a déclenché une "phase d'incertitude" qu'à 08h15.
Le rapport témoigne de longues heures d'indécision jusqu'à 05h50, lorsque Air France contacte le centre Sarsat, chargé de capter les signaux des balises de détresse.
A 01h35, quelques secondes après avoir pris congé du contrôleur du centre "Atlantico", au Brésil, l'équipage se voit demander son heure estimée de passage au prochain point de contrôle (dit Tasil) à quatre reprises, mais il ne répond pas.
Dix minutes plus tard, le contrôleur de Dakar demande un plan de vol à son homologue d'Atlantico, qui répare alors, selon le BEA, un oubli de Rio de Janeiro.
Le plan de vol n'a pas été adressé à Dakar par les services brésiliens mais l'adresse de Dakar "figure dans le plan de vol envoyé par Air France", peut-on lire dans le rapport.
Un échange a lieu entre Atlantico et Dakar : il dure 20 secondes durant lesquelles le Brésil communique l'heure prévue du passage de l'avion en Tasil ("zero two two zero", 02h20), son altitude et sa vitesse.
Dakar interrompt alors la conversation : "Ok, on vous rappelle s'il vous plaît". "Ok, ok, pas de problème", répond le contrôleur d'Atlantico.
"PAS DE SOUCI"
Pour autant, le "transfert de contrôle" n'a pas été formellement effectué. En effet, le plan de vol transmis est théorique, il n'a pu être confirmé par l'équipage, ni à Atlantico, ni à Dakar.
L'AF447 a essayé en vain de contacter Dakar à trois reprises, la dernière fois à 02h01.
Les pilotes d'avions passés dans la même zone que l'AF447 ont rapporté avoir eu des difficultés à joindre Dakar en raison des conditions météorologiques. Mais le vol AF459 (Sao Paulo-Paris) y est parvenu à 03h45, alors qu'il passait dans la zone une trentaine de minutes après l'AF447.
C'est ensuite avec le contrôle aérien du Cap-Vert ("Sal Océanique") que Dakar communique.
A deux reprises, le contrôleur de Sal fait remarquer à son homologue que l'avion n'est toujours pas sur ses radars plus de 20 minutes après l'entrée estimée dans sa zone de vol.
Il ajoute avoir identifié le vol AF459, attendu plus tard que l'AF447.
Le dialogue continue, de même que les vaines tentatives de contact avec l'AF447 entreprises par les contrôleurs, l'équipage de l'AF459 ou Air France.
Les échanges entre les contrôleurs d'Atlantico, de Dakar et de Sal sont multiples.
A 05h09, le Brésil demande au Sénégal si le vol est bien dans la zone de vol (FIR, "Région d'information de vol") du Cap-Vert. "Oui, pas de souci" ("Yes, no worry"), répond Dakar.
A cette heure-là, l'avion aurait dû être en contact avec Dakar, le Cap-Vert et les îles Canaries, mais aucun de ces trois points de contrôle ne l'a détecté ou contacté.
A 05h50, Air France cherche à savoir si une émission de balise a été détectée : ce n'est pas le cas. Il s'écoule encore deux heures durant lesquelles d'autres centres de contrôle se coordonnent et tentent de contacter l'AF447.
Ce n'est qu'à 08h15 que le centre de Madrid déclenche la "phase d'incertitude", baptisée Incerfa.
L'aviation civile américaine recommande de déclencher l'Incerfa 30 minutes après l'échec d'une communication avec l'avion. Le code français de l'aviation civile parle d'un "certain délai", sans plus de précision.
Le premier avion de patrouille maritime décolle de Dakar vers le Cap-Vert à 10h45, environ huit heures et demie après les derniers messages automatiques émis par l'avion.
Le BEA signale que ce déroulement est élaboré à partir d'informations parcellaires car il n'a pas encore eu accès aux données des centres Atlantico et Sal.
Édité par Gérard Bon