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Les anciens Premiers ministres Michel Rocard (socialiste) et Alain Juppé (UMP) présideront la commission chargée de réfléchir à l'utilisation du futur emprunt national, qui sera lancé début 2010./Photos d'archives/REUTERS/Régis Duvigna/Charles Platiau
PARIS (Reuters) - Le président Nicolas Sarkozy a chargé lundi un duo d'ex-Premiers ministres, l'un de gauche, l'autre de droite, de coprésider la commission qui va réfléchir aux investissements à financer par un grand emprunt d'Etat.
Michel Rocard, 78 ans, ancien Premier ministre du président socialiste François Mitterrand, et le député-maire UMP de Bordeaux Alain Juppé, 63 ans, qui fut celui de Jacques Chirac, devront lui rendre leurs propositions le 1er novembre.
Auparavant, leur commission devra procéder à "de larges consultations" et réfléchir aux "priorités justifiant un effort exceptionnel d'investissement afin de préparer l'avenir de la France", a précisé l'Elysée dans un communiqué.
A l'issue de ce processus, auquel le chef de l'Etat a demandé jeudi dernier aux partenaires sociaux de participer, le gouvernement soumettra au Parlement les priorités retenues et les modalités du grand emprunt, qui sera lancé début 2010.
"On a en commun l'impression que ça ne sera pas facile quand même", a déclaré Michel Rocard à l'issue d'un entretien avec le chef de l'Etat. "Oui, absolument !", a confirmé Alain Juppé.
Selon Michel Rocard, Nicolas Sarkozy a voulu mêler, dans la commission, les "traditions intellectuelles de la partie conservatrice de la France et de la partie sociale-démocrate".
"Presque", a corrigé Alain Juppé, qui a déclaré préférer se réclamer de la tradition des "gaullistes de l'UMP" que d'une "aile conservatrice".
L'un et l'autre n'en ont pas moins approuvé la démarche de Nicolas Sarkozy, qui s'efforce de susciter un consensus autour du financement d'investissements stratégiques par un emprunt.
"La puissance publique est maintenant décriée (...) et l'idée que vienne de tous les horizons politiques une réflexion sur l'opportunité d'un emprunt, son contenu, sans y mettre de grandiloquence quelconque, ça peut servir à renforcer la légitimité de la chose", a estimé Michel Rocard.
Pour Alain Juppé, il s'agit de faire en sorte que le futur emprunt ne soit pas un emprunt "comme les autres".
UN "EMPRUNT D'UNE AUTRE SORTE"
"Celui-là doit être un emprunt d'une autre sorte, destiné à préparer l'avenir et c'est la question qui nous est posée", a-t-il dit. 'C'est une question difficile, passionnante."
Les deux anciens premiers ministres doivent maintenant constituer un groupe de travail, dont les membres, ont-ils dit, ne seront pas très nombreux et choisis plus en fonction de leurs compétences que de leur appartenance politique.
La définition des secteurs stratégiques des 20 ans à venir "n'est pas une affaire de gauche et de droite, c'est une affaire d'hommes et de femmes d'expérience qui croient dans leur pays, qui réfléchissent ensemble", avait auparavant déclaré Nicolas Sarkozy à Evian, dans le cadre du sommet franco-britannique.
La désignation d'un ancien Premier ministre socialiste montre que le gouvernement n'a pas l'intention d'arrêter sa stratégie d'ouverture politique, "parce que la France a besoin de mobiliser toutes ses énergies et tous ses talents" dans la situation de crise économique actuelle, a-t-il poursuivi.
"S'il y a des talents à gauche qui veulent servir leur pays, mon devoir de président de la République c'est de faire appel à leur talent", a insisté Nicolas Sarkozy.
Le chef de l'Etat avait déjà fait appel à Michel Rocard en le nommant ambassadeur de France chargé des dossiers relatifs à l'Arctique et à l'Antarctique. L'ancien dirigeant socialiste a cependant qualifié de "bêtise" l'idée qu'il puisse être considéré comme une "prise de guerre" du chef de l'Etat.
"Je suis là parce que je suis de gauche et social-démocrate. Et d'ailleurs le malheureux Alain va s'en apercevoir", a-t-il dit en promettant "quelques problèmes de confrontation".
Alain Juppé ne s'en est pas moins dit persuadé qu'ils finiraient par "atterrir" sur des propositions communes.
Il a pour sa part été un éphémère ministre d'Etat à l'Ecologie au tout début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, avant de devoir céder la place à Jean-Louis Borloo pour cause de défaite aux élections législatives de juin 2007.
Emmanuel Jarry, avec Elizabeth Pineau à Evian, édité par Yves Clarisse