SOMMAIRE
tout le sommaire
© Reuters
Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Eric Besson soutient son collègue de l'Intérieur Brice Hortefeux, mis en cause pour des propos racistes apparents sur les Maghrébins, qu'il conteste. /Photo prise le 11 septembre 2009/REUTERS/Robert
par Thierry Lévêque
PARIS, 13 septembre (Reuters) - La majorité de droite française met en cause le rôle d'internet dans la violente polémique visant des propos jugés racistes du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, qu'il conteste.
Après plusieurs conseillers de l'Elysée, le ministre de la Relance Patrick Devedjian et son collègue de l'Immigration Eric Besson ont estimé dimanche que l'épisode témoignait d'un fonctionnement malsain de la "Toile". Seraient, selon eux, mis en exergue des propos tenus dans un contexte privé, interprétés de manière contestable.
La gauche continue de son côté de demander la démission du ministre, considérant au contraire que ces propos dénotaient des idées profondes de Brice Hortefeux. Le président du Modem François Bayrou a estimé sur I-télé qu'il faisait preuve de "ségrégation" mais a refusé de se prononcer sur son éventuelle démission.
De son côté, Hélène Risser, présidente de la société des journalistes de Public Sénat, a expliqué à Reuters dimanche que lorsqu'il a tenu les propos litigieux, Brice Hortefeux n'était pas dans un cadre privé, mais suivi par une équipe de cette chaîne câblée, avec caméra et micro identifié par un logo.
Public Sénat, dont les dirigeants avaient d'abord renoncé le jour des faits à diffuser les images, y ont finalement consenti vendredi après que l'enregistrement ait "fuité" sur le Monde.fr.
"Ce ne sont pas des images volées, ils ont été tenus dans le contexte d'une réunion publique, il y avait un contexte politique qui justifiait la diffusion de cette information", a déclaré Hélène Risser.
Les dirigeants de la Chaîne parlementaire et de Public Sénat, qui ont été nommés par les présidents UMP des deux assemblées, expliquent leur "censure" initiale notamment par la mauvaise qualité sonore de l'enregistrement.
BESSON SOUTIENT SON COLLÈGUE
Sur la vidéo, enregistrée le 5 septembre à l'université d'été de l'UMP, on entend une militante du parti majoritaire dire en présence d'un Maghrébin : "C'est notre petit Arabe." Brice Hortefeux déclare : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes."
Brice Hortefeux assure qu'il parlait des Auvergnats. Il a multiplié les gestes pour tenter de faire taire la polémique, recevant des représentants de la Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme) place Beauvau dimanche et annonçant qu'il partagerait lundi un dîner de rupture du jeûne du ramadan avec des musulmans.
Le gouvernement et l'Elysée le soutiennent et refusent la démission demandée par l'opposition.
Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Eric Besson a soutenu dimanche son collègue.
"Je crois que c'est quelqu'un qui est humaniste, qui est pétri (...) dans son histoire personnelle de catholicisme social, qui n'a rien de raciste", a-t-il dit sur Europe 1.
Eric Besson souhaite qu'on laisse "les hommes publics être jugés sur leurs résultats et leurs actions publiques".
"Les hommes politiques sont devenues des cibles. La frontière entre la vie publique et la vie privée s'efface de plus en plus. On cherche dans leurs propos les moyens de les accuser", a dit Patrick Devedjian sur Radio J.
La gauche souligne que Brice Hortefeux a déjà plusieurs fois dans le passé tenu des propos équivoques de la même nature.
Le journal Le Monde de dimanche a ainsi raconté que Brice Horetefeux avait justifié une fois devant des journalistes sa décision de régulariser une famille d'étrangers sans-papiers par le fait qu'ils aient donné des prénoms "français, catholiques" à leurs enfants.
Le politologue Roland Cayrol a estimé sur I-télé que la phrase de Brice Hortefeux avait un sens politique. "La plaisanterie, c'est la chose qui peut dénoter réellement la possibilité d'être raciste dans un pays. Si on en plaisante, c'est que ça va de soi", a-t-il dit.
Thierry Lévêque, édité par Jean-Stéphane Brosse