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Vue du tribunal où est jugé l'affaire Clearstream, à Paris. Les deux principaux acteurs d'une manipulation menée en 2004 grâce à de faux fichiers bancaires de la société Clearstream se sont rejeté mercredi la responsabilité de la mise en cause de Nicolas
par Thierry Lévêque
PARIS (Reuters) - Le procès de l'affaire Clearstream, visant un présumé complot contre Nicolas Sarkozy en 2004, a tourné à la confusion mercredi avec des dépositions contradictoires des deux protagonistes importants et une mise en cause contestée de Dominique de Villepin.
Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS au moment des faits, et Imad Lahoud, un mathématicien qu'il y avait embauché, se sont mutuellement accusés d'avoir introduit le nom de l'actuel chef de l'Etat dans des fausses listes de comptes bancaires de la société luxembourgeoise Clearstream.
Imad Lahoud a par ailleurs affirmé pour la première fois qu'il avait rencontré en 2005 l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, suggérant ainsi qu'il était impliqué dans le complot contre Sarkozy. Dominique de Villepin a nié à l'audience, expliquant qu'il ne connaissait pas Imad Lahoud.
Ultime rebondissement, la défense de Dominique de Villepin a répliqué en révélant à l'audience qu'Imad Lahoud avait rencontré en revanche pas moins de quinze fois en 2004 et 2005 François Pérol, proche conseiller de Nicolas Sarkozy.
Ces rencontres, dont l'existence est cette fois attestée par des notes de frais, sont censées démontrer pour la défense de Dominique de Villepin que c'est Nicolas Sarkozy qui s'est servi de l'affaire contre lui, et non l'inverse.
Après cette audience, le scénario de l'affaire reste flou. Jean-Louis Gergorin, qui admet avoir diffusé en 2004 les listings compromettants dans l'appareil d'Etat, puis à un juge, s'est dit de bonne foi et a dit avoir été trompé par Lahoud.
"Je le confesse, je me suis trompé, j'ai lourdement péché, je lui ai accordé une crédibilité excessive (...) J'ai été un gogo, un pigeon", a-t-il déclaré.
LAHOUD MET EN CAUSE VILLEPIN
C'est Lahoud qui a produit en mars 2004 des documents semblant montrer que Nicolas Sarkozy avait des comptes occultes à Clearstream, sous ses patronymes hongrois Bocsa et Nagy, a expliqué Gergorin. Imad Lahoud a rétorqué que c'est le vice-président d'EADS qui l'avait poussé en mars 2004 à fabriquer ces faux documents.
"Je reconnais avoir recopié sur Excel un modèle papier (...) qui m'a été tendu par Jean-Louis Gergorin, sur lequel figuraient, avec une dizaine de colonnes derrière, les noms Nagy et Bocsa, je ne sais plus dans quel sens", a-t-il dit.
L'opération se serait passée, selon sa version, au ministère de l'Intérieur et le patron de l'époque des Renseignements généraux, Yves Bertrand, un proche de Jacques Chirac, était présent.
"Je ne sais pas pourquoi on m'a demandé de le faire, mais je l'ai fait", a-t-il poursuivi.
A la faveur de questions posées par Me Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy, Lahoud a expliqué ensuite qu'il connaissait la belle-soeur de Dominique de Villepin, car elle était sa voisine de quartier. C'est chez elle qu'il aurait rencontré l'ancien Premier ministre.
Imad Lahoud a assuré qu'il avait à ce moment l'intention de tout révéler du complot contre Nicolas Sarkozy à la justice, mais que Dominique de Villepin l'en avait dissuadé.
"Pour moi, Dominique de Villepin, c'était l'homme de l'Onu, le ministre de la République qui n'avait pas voulu de la guerre et avec mes origines libanaises, ça m'avait impressionné. J'avais beaucoup d'admiration pour cet homme", a dit Lahoud.
"J'avais besoin d'être rassuré, et il l'a fait, il m'a dit qu'il fallait tenir, et que ce j'avais fait, c'était pour le bien de la France", a-t-il ajouté.
Interrogé, Dominique de Villepin a répondu, ironique : "je ne connais pas, je n'ai jamais rencontré M. Lahoud. Mais j'ai été touché par son témoignage, par l'approbation qu'il a exprimée sur la politique que j'ai menée".
Me Olivier Metzner, avocat de Dominique de Villepin, documents du dossier à l'appui, a alors mis en exergue le fait que Lahoud voyait beaucoup de proches conseillers de Nicolas Sarkozy en 2004, notamment François Pérol, mais pas seulement.
Le procès se poursuit lundi prochain.
Édité par Yves Clarisse