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par Laure Bretton
PARIS (Reuters) - Parce que l'humanité est "au bord de la crise", Nicolas Hulot entre en résistance dans son nouveau film, dépassant le cri d'alarme écologique pour prôner un nouveau modèle de société.
L'homme qui avait l'oreille de Jacques Chirac sur les questions d'environnement et qui est aujourd'hui régulièrement consulté par Nicolas Sarkozy se fait le chantre d'une croissance et d'une décroissance "sélectives".
"Je crois à la sobriété heureuse", explique l'animateur de télévision écologiste dans "Le syndrome du Titanic", en salles mercredi 7 octobre.
Loin de "Home", le documentaire de Yann Arthus-Bertrand en forme d'ode esthétisante à une planète sur le point de basculer, le film réalisé par Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre alterne les images choc de destruction et de gaspillage.
Comme un kaléidoscope de la catastrophe enclenchée, ils filment des trottoirs de Lagos au Nigéria aux mines d'uranium au Brésil pour dénoncer "ce capitalisme sauvage qui réduit tout à l'état de marchandise et dont nous avons fait notre habit de lumière".
Des "hommes cages", entassés derrière des barreaux pour dormir dans une tour de Hong-Kong, succèdent à des grues américaines détruisant par milliers des carcasses de voitures, "déesses d'un monde fatigué".
La démonstration prend parfois des allures de prêche - "l'homme est grand sous la contrainte", assène Nicolas Hulot, paraphrasant John Kennedy.
Mais le créateur d'Ushuaïa et de la Fondation pour la nature fait passer quelques messages simples sur la préservation de l'eau ou la réduction des gaz à effet de serre à moins de trois mois du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique.
SIMPLE "VIGIE"?
A chaque étape de sa tournée de promotion, Nicolas Hulot s'attache à justifier sa mue, de défenseur de la planète à pourfendeur du modèle économique dominant, mais surtout à revendiquer sa neutralité sur la scène politique française.
Son "pacte écologique", qui réclamait la création d'une taxe carbone, aujourd'hui décidée par Nicolas Sarkozy, avait reçu l'aval de la plupart des candidats à l'Elysée en 2007, de droite comme de gauche.
La rumeur l'avait un temps annoncé au poste de vice-Premier ministre chargé des questions écologiques dans le gouvernement de François Fillon puis comme candidat d'Europe Ecologie aux élections européennes de juin.
Même si son film confirme un virage à gauche, l'homme qui est régulièrement classé parmi les dix personnalités les plus appréciées des Français dit être "plus utile là où je suis" et refuse d'évoquer la prochaine présidentielle, en 2012.
"Si je veux avoir porte ouverte à la CGT, pouvoir discuter un week-end avec le patron de la FNSEA ou des députés de gauche, je ne dois pas avoir d'étiquette partisane", déclare-t-il mardi dans Le Parisien.
Pour Jérôme Fourquet, chef du département politique de l'institut Ifop, "Nicolas Hulot a bien senti qu'il y avait une mayonnaise qui était en train de prendre" en France.
"La société est prête à entendre ses messages", aussi alarmistes soient-ils, explique l'analyste, mais au-delà de sa fonction "d'avant-garde et de vigie" l'étape suivante risque d'être plus difficile.
"On verra ce que cela donnera quand il sera interdit de faire rouler sa voiture un jour sur deux et qu'on appellera les Français à passer à la décroissance heureuse", ajoute-t-il.
"Le syndrome du Titanic" parle d'une humanité qui, comme les passagers du paquebot en 1912, continue à danser sur le pont alors que la fin approche. Il part aussi du constat que ce sont toujours les plus démunis, les passagers des ponts inférieurs du transatlantique, qui paient le plus lourd tribut.
Pendant 93 minutes, la voix de l'animateur de télévision martèle donc son nouveau slogan "protéger et partager": préserver des ressources naturelles qui ne sont pas infinies et aider le Sud, à qui "on a imposé nos rêves" de consommation.
"Ce sera la solidarité ou le chaos", prévient Nicolas Hulot.
Edité par Yves Clarisse