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LA CAMISOLE CHIMIQUE
PARIS (Reuters) - L'idée d'un recours à la "castration chimique" sous la menace de la prison afin d'éviter la récidive fait son chemin en France après le meurtre d'une femme imputé à un homme déjà condamné pour viol.
La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a proposé jeudi d'introduire cette possibilité dans le cadre d'un projet de loi qui serait présenté au Parlement en octobre et elle est appuyée par l'Elysée et le Premier ministre.
La proposition fait suite aux aveux d'un homme déjà condamné pour viol et libéré en 2007, Manuel da Cruz, dans l'enquête sur le meurtre d'une femme lundi dernier en forêt de Fontainebleau.
Il s'agirait de pouvoir imposer aux détenus venant d'être libérés, sous la menace d'un retour en prison, ce traitement par médicaments, censé inhiber les pulsions sexuelles.
Déjà possible en prison sur la base du volontariat, ce traitement appelé improprement "castration" est réversible, les patients retrouvant leurs capacités s'il est interrompu.
Le dispositif est autorisé dans certains pays européens comme la Belgique, l'Allemagne, la Pologne ou le Danemark ainsi que dans certains États américains et au Québec.
Son efficacité est cependant mise en doute par certains spécialistes, qui estiment en outre qu'il doit être volontaire pour être efficace, et s'accompagner d'une psychothérapie.
Le Premier ministre François Fillon a approuvé vendredi l'orientation, expliquant que le gouvernement "ne s'interdit(sait) aucune réflexion sur aucun sujet".
"Il faut regarder comment, dans le cadre des mesures d'accompagnement de la sortie de prison, on peut, le cas échéant, rendre ce dispositif plus contraignant", a-t-il dit en marge d'un déplacement dans les Hauts-de-Seine.
LA GAUCHE PARTAGÉE
Le parti socialiste est divisé sur le sujet. L'ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal a estimé selon des médias qu'on ne pouvait l'exclure a priori, de même que le député de Paris Jean-Marie Le Guen, président du conseil d'administration de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Interrogé sur Canal+, il a cependant souligné que ce traitement ne pouvait à ses yeux être imposé. "Il faut qu'il y ait une coopération du malade, qu'il y ait un suivi du malade. La médecine n'est pas un auxiliaire de la justice."
Le PS lui-même, s'abstenant de se prononcer sur ce point précis, a condamné dans son communiqué officiel le procédé consistant à proposer une réforme législative après un fait divers, procédé répété fréquemment ces dernières années.
Le PS calcule dans ce communiqué qu'en qualité de ministre de l'Intérieur puis à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a ainsi fait voter 14 lois depuis 2002, dont deux sur la récidive depuis son accès à la présidence, et 115 modifications du code pénal.
Beaucoup de mesures de contrôle, de fichage ou de soins pour délinquants sexuels avant ou après la prison ne sont pas appliquées faute de moyens, fait remarquer le PS.
"La discussion budgétaire à venir doit être l'occasion pour le gouvernement de montrer qu'il est prêt à prendre la question au sérieux. À défaut Nicolas Sarkozy aura une nouvelle fois cédé à la gesticulation face à l'émotion", écrit le PS.
Le ministère de la Justice a expliqué jeudi que Manuel da Cruz, condamné à 11 ans de réclusion pour viol sur mineure en 2000, avait bénéficié d'une libération conditionnelle le 5 mars 2007, donc avant le terme théorique de sa peine, une mesure classique dans le régime juridique français.
Sa période de probation s'était cependant terminée en novembre 2008 et si la "castration chimique" avait existé, elle n'aurait pas pu lui être imposée. François Fillon a cependant affirmé que selon lui, il y avait eu dysfonctionnement.
"Il est insupportable de voir une femme mourir dans ces conditions alors qu'on avait le sentiment qu'on avait la possibilité de l'éviter. Ce crime aurait pu être évité", a-t-il dit, répétant une analyse critiquée du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.
Clément Dossin et Thierry Lévêque, avec Clément Guillou à Villeneuve-la-Garenne, édité par Yves Clarisse