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Après le succès annoncé de la "votation citoyenne" sur le changement de statut de La Poste, des organisateurs, qui espèrent un "non" massif, voudraient transformer l'essai en obtenant un véritable référendum. /Photo prise le 22 septembre 2009/REUTERS/Char
PARIS (Reuters) - Forte du succès de la "votation citoyenne" sur le changement de statut de La Poste qui aurait mobilisé environ deux millions de personnes, la gauche réclame à Nicolas Sarkozy un véritable référendum.
Selon Nicolas Galepides, du Comité national contre la privatisation de La Poste, les chiffres parvenus dans l'après-midi témoignaient d'une forte mobilisation pour un scrutin organisé dans 10.000 points de vote.
"Vers 16h30 nous étions à 1,6 millions (...) et nous avons de plus en plus d'éléments qui nous font penser que ce sera deux millions", a déclaré à Reuters le syndicaliste, par ailleurs administrateur de l'entreprise publique.
Lancée il y a une semaine, la "votation citoyenne", qui n'a aucun fondement légal, a pris fin samedi soir et les résultats seront annoncés lundi.
Le Parti socialiste a annoncé qu'il déposerait une proposition de loi dans le cadre de la niche parlementaire du 15 octobre visant à fixer les modalités d'organisation d'un référendum d'initiative populaire, inscrit dans la Constitution, mais que le gouvernement tarde, selon lui, à instaurer.
"Pourquoi attend-on si longtemps pour concrétiser une disposition qui maintenant existe dans notre Constitution: la possibilité d'un référendum d'initiative populaire?", s'est interrogé le socialiste Didier Migaud, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Une idée rejetée par le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, qui a qualifié la consultation de "vaste manipulation organisée par des associations ou partis de gauche qui veulent faire croire à un projet de privatisation de La Poste".
Le ministre du Travail, Xavier Darcos, a rejeté sur les socialistes la décision de faire entrer La Poste dans un système de concurrence, mettant en cause l'Ex-Premier ministre socialiste Lionel Jospin.
DARCOS VISE JOSPIN
"En 1997, quand M. Jospin était Premier ministre, on a décidé de faire entrer La Poste dans cette évolution, dans ce monde de la concurrence", a-t-il dit sur Canal +.
Razzy Hammadi, secrétaire national du PS chargé des services publics, s'est élevé dans un communiqué contre "la malhonnêteté intellectuelle sans égale".
Pour le mouvement Attac, la tentative de Nicolas Sarkozy et du gouvernement "de faire passer en catimini le projet de loi de transformation de La Poste en société anonyme a échoué" et le projet doit tout d'abord être "gelé".
Le gouvernement assure de son côté que La Poste restera "à 100%" publique et conteste la légitimité de la consultation.
Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a estimé que l'ampleur de cette consultation devait inciter le gouvernement et la majorité à "expliquer encore plus" le projet.
"Visiblement, ceux qui sont allés voter n'avaient pas une connaissance précise du contenu du texte", a-t-il dit sur France info, tout en jugeant "plutôt rassurant de voir des Français de tous horizons démontrer leur attachement à la Poste autant que je peux l'avoir moi-même".
Le projet de loi qui sera examiné au Parlement à l'automne prévoit une augmentation de capital de 2,7 milliards d'euros - 1,2 milliard directement et 1,5 milliard via la Caisse des dépôts et consignations (CDC).
Selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche, 59% des Français souhaitent que le gouvernement organise un référendum national sur l'avenir de La Poste, qui sera transformée en société anonyme à capitaux publics le 1er janvier 2010.
Les syndicats et l'opposition de gauche dénoncent une privatisation rampante remettant en cause la mission de service public de l'entreprise, qui sera confrontée à la concurrence européenne dès janvier 2011.
La consultation est organisée par une soixantaine de syndicats, associations et partis de gauche qui s'appuient sur la possibilité offerte théoriquement par la réforme constitutionnelle de juillet 2008 d'organiser un référendum d'initiative populaire sous conditions (1/5e des parlementaires soutenus par 1/10e des électeurs inscrits). Mais le décret d'application du texte n'est pas encore publié.
La Poste employait 295.742 salariés fin 2008 et comptait 11.330 bureaux et 5.600 "points de contact".
Gérard Bon et Julien Ponthus