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Considérée comme biaisée par la droite, la "votation citoyenne" sur le changement de statut de La Poste devrait selon la gauche déboucher sur un référendum à la mesure de l'attachement des Français à ce service public. /Photo prise le 22 septembre 2009/RE
par Clément Dossin
PARIS (Reuters) - La gauche exhorte Nicolas Sarkozy à tenir compte de la victoire du "non" lors de la "votation citoyenne" sur le changement de statut de La Poste en organisant à bref délai un référendum sur le sujet.
Selon des résultats encore provisoires annoncés lundi, 98,5% des quelque 2,1 millions de personnes qui se sont prononcées ont répondu "non" à la question suivante : "Le gouvernement veut changer le statut de la Poste pour la privatiser, êtes-vous d'accord avec ce projet ?".
Le gouvernement a dénoncé la légitimité de cette "votation" sans valeur juridique, arguant du fait que le projet de loi sur le changement de statut de La Poste ne prévoit pas une "privatisation" mais une transformation en société anonyme à capitaux 100% publics.
Le Comité national contre la privatisation de La Poste - un agrégat de 62 organisations syndicales, associatives et politiques à l'initiative du projet - s'est réjoui de "l'immense succès" rencontré par la consultation dans plus de 10.000 bureaux de vote à travers la France.
"Le président de la République et son gouvernement doivent entendre ce verdict sans appel et renoncer définitivement à cette loi", déclarent dans un communiqué les organisateurs, qui demandent à être reçus par Nicolas Sarkozy.
"La Poste appartient à toutes et à tous, aucune modification du statut de La Poste ne peut se faire sans l'organisation d'un référendum", ajoutent-ils.
Pour Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, "le président de la République ne peut pas rester sourd face à une telle mobilisation" au risque de se rendre coupable d'"un véritable déni de démocratie".
"La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. S'il n'est pas satisfait par cette consultation, il doit prendre l'engagement d'organiser un référendum (...) Dans l'immédiat, le minimum, c'est de suspendre l'examen du projet de loi", prévu début novembre, a-t-il dit à la presse.
"UN VOTE TRONQUÉ, UNE TRICHERIE"
Le Parti socialiste a annoncé qu'il déposerait une proposition de loi dans le cadre de la niche parlementaire du 15 octobre visant à fixer les modalités d'organisation d'un référendum d'initiative populaire, inscrit dans la révision constitutionnelle de juillet 2008 mais dont la loi organique n'a toujours pas été votée.
Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a clairement fait entendre lundi que la "votation" ne déboucherait pas sur un référendum d'initiative populaire dans la mesure où le texte sur le changement de statut de La Poste serait adopté par le Parlement avant celui mettant en place le référendum.
Le ministre du Budget, Eric Woerth, a dénoncé lui "un vote tronqué, une tricherie". "La question est un mensonge. Le gouvernement veut évidemment que La Poste reste à 100% publique", a-t-il déclaré sur Europe 1.
"Il faut mener jusqu'au bout le projet de La Poste, il faut surtout l'expliquer, et puis éviter les caricatures."
Le projet de loi prévoit une augmentation de capital de 2,7 milliards d'euros - 1,2 milliard directement et 1,5 milliard via la Caisse des dépôts et consignations (CDC).
Toutes les formations de gauche - du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) au PS en passant par le Parti communiste, le Parti de gauche ou les Verts - s'étaient associées à la "votation citoyenne" pour dénoncer la privatisation rampante induite selon elles par le projet gouvernemental.
"L'argument qui voudrait que ce n'est qu'une modification technique qui permettra généreusement à l'Etat de donner 2,7 milliards d'euros supplémentaires, c'est du flanc", a jugé Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, citant les exemples de France Télécom et de Gaz de France.
Pour Jean-Luc Mélenchon, sénateur du Parti de gauche, "la gauche, qui avait le moral dans les chaussettes, s'est donné la preuve qu'elle était capable de se mobiliser et de remuer deux millions de personnes."
Selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche, 59% des Français souhaitent que le gouvernement organise un référendum national sur l'avenir de l'entreprise publique.
La Poste employait 295.742 salariés fin 2008 et comptait 11.330 bureaux et 5.600 "points de contact".
Avec Elizabeth Pineau, édité par Gérard Bon