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En revendiquant son choix de "défendre" l'identité nationale française, Nicolas Sarkozy a repris en main un dossier sensible et déclenché une nouvelle salve de protestations de l'opposition. /Photo d'archives/REUTERS
POLIGNY, Jura (Reuters) - En revendiquant son choix de "défendre" l'identité nationale française, Nicolas Sarkozy a repris en main un dossier sensible et déclenché une nouvelle salve de protestations de l'opposition.
L'annonce d'un débat sur cette question par le ministre de l'Immigration a provoqué un tollé que le chef de l'Etat, accusé de jouer le jeu de l'extrême droite, a dit ne pas comprendre.
"J'ai été élu pour défendre l'identité nationale", a déclaré Nicolas Sarkozy lors de la présentation d'un plan d'aide à la filière agricole, dans le Jura. "Ces mots ne me font pas peur, je les revendique."
"La terre fait partie de cette identité nationale française", a-t-il ajouté devant un demi-millier d'agriculteurs réunis à Poligny.
Thème phare de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, à l'instar de la sécurité ou de l'immigration, ce sujet est revenu depuis dimanche sur le devant de la scène avec la proposition d'un débat national par le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson.
Son projet a déclenché l'ire de la gauche, qui accuse le chef de l'Etat de manipulation politicienne et d'amalgame, et du Front national, qui y a vu un détournement de ses thèses à des fins électorales avant les régionales de mars 2010.
"La France a une identité particulière qui n'est pas au-dessus des autres mais qui est la sienne et je ne comprends pas qu'on puisse hésiter à prononcer ces mots identité nationale française", a répliqué Nicolas Sarkozy à la gauche.
Ces mots "ne sont agressifs envers personne. Ils sont simplement l'expression du devoir que nous devons aux générations qui nous ont précédées et qui ont fait, au prix de leur vie et de leur sang, ce que la France est devenue", a-t-il poursuivi.
"SÉDUIRE L'ÉLECTORAT DU FRONT NATIONAL"
Le Front national a accusé le président de la République d'avoir repris à son compte "une fois encore" l'un de ses thèmes de prédilection.
"Mais c'est une fois de trop. Les citoyens savent désormais que cela sonne faux dans la bouche d'un politicien qui a fait la preuve de son euromondialisme", déclare dans un communiqué le président du FN, Jean-Marie Le Pen.
A gauche, l'eurodéputé socialiste Vincent Peillon dénonce le viatique des trois "i", "immigration, insécurité, impôt" de Nicolas Sarkozy, qu'il accuse de "chasser sur les terres extrémistes".
"Il faut faire aimer la France (...) Et par son action, je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit un bon exemple", dit-il dans Libération.
Pour Jean-Louis Bianco, député PS, "le débat sur l'identité nationale est bien loin des préoccupations des Français". Il y voit "une façon d'occuper le terrain médiatique pour masquer l'échec de la politique du gouvernement et tenter de séduire à nouveau l'électorat du Front National".
Le député Vert Noël Mamère a estimé dans les couloirs de l'Assemblée nationale que ce débat était lancé "pour mieux dissimuler les faillites de ce gouvernement et surtout pour essayer de récupérer la partie de l'électorat la plus conservatrice".
Le Conseil représentatif des associations noires (Cran), se déclare favorable à un débat, à certaines conditions. Son président, Patrick Lozès, juge notamment "indispensable que le gouvernement associe à sa démarche l'ensemble des organisations qui luttent contre le racisme et les discriminations en France".
De source proche de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), on juge en revanche incongrue l'irruption de ce thème dans un discours présidentiel sur l'agriculture. "Qu'est-ce que ça fait là-dedans ? Le ministre de l'Agriculture, ce n'est pas Besson que je sache !", dit-on.
Yann Le Guernigou, avec Laure Bretton et Elizabeth Pineau à Paris, édité par Yves Clarisse