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Centrale au charbon près de Dortmund. France propose un programme massif d'aide aux pays les moins développés et un front commun entre ces pays et l'Union européenne pour tenter de sauver la conférence de Copenhague sur le climat. Ne voulant pas paraître
par Emmanuel Jarry
PARIS (Reuters) - La France propose un programme massif d'aide aux pays les moins développés et un front commun entre ces pays et l'Union européenne pour tenter de sauver la conférence de Copenhague sur le climat.
Elle ne veut cependant pas paraître prendre cette initiative seule, ce qui risquerait fort de la torpiller.
D'où l'annonce vendredi à Bruxelles par le président Nicolas Sarkozy d'une prochaine initiative commune avec l'Allemagne et le Brésil pour tenter de faire émerger un axe associant aussi l'Afrique et le Mexique à l'UE.
Les tractations sur les suites à donner au protocole de Kyoto sur la lutte contre le réchauffement climatique buttent toujours sur la fixation d'objectifs de réduction des émissions de CO2 et le financement de l'aide aux pays les plus pauvres.
A cinq semaines de l'ouverture, le 7 décembre, de la conférence de Copenhague, les négociateurs de 175 Etats se retrouvent lundi à Barcelone pour tenter de sortir de l'impasse.
Le plan "justice-climat" proposé par la France ne vise rien de moins qu'aider l'Afrique à devenir "le premier producteur d'énergie renouvelable au monde", explique le ministre français de l'Ecologie dans le Journal du Dimanche.
De cette façon, soulignait déjà la semaine passée Jean-Louis Borloo devant quelques journalistes, l'Afrique ne serait plus une partie du problème, mais une partie de la solution.
Un épais document à couverture blanche, fruit de mois de consultations, recense pays par pays, financement compris, les chantiers à lancer en Afrique en matière d'énergie solaire, éolienne et hydroélectrique, de biomasse et de reforestation.
Jean-Louis Borloo évalue le coût du programme entre 20 et 25 milliards de dollars par an, dont cinq pour la reforestation.
Il propose de le financer par un fonds public abondé soit par une "allocation universelle" versée par les pays riches et émergents (il en coûterait à la France 580 millions d'euros par an), soit par une taxe de 0,01% sur les mouvements financiers, ce qui représente environ 20 milliards de dollars par an.
Nicolas Sarkozy a précisé vendredi que la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Autriche avaient demandé à la Commission européenne de se saisir de cette question.
Pour défendre ce plan et parler d'une seule voix, à Copenhague, les pays africains ont décidé de leur côté de faire du Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, leur porte-parole.
TRAITER LES AMÉRICAINS COMME LES POLONAIS ?
La France s'efforce de convaincre les pays les plus pauvres d'Asie, dont le Laos, le Cambodge et le Bangladesh, de s'engager dans la même voie. Elle tente, de la même façon, de fédérer les petites îles du Pacifique, de l'Océan Indien et de l'Atlantique.
L'idée est de dissocier, dans le groupe des pays en voie de développement, les pays les plus vulnérables au réchauffement climatique, Afrique en tête, des grands pays émergents.
Une façon de sortir de l'ornière la question épineuse du financement de l'aide des pays en développement à l'accession aux technologies propres, les pays riches rechignant à financer de cette façon l'industrie des concurrents directs que sont devenus des pays émergents comme la Chine et l'Inde.
"Quand on parle de négociations climatiques, on ne peut pas offrir les mêmes aides à la Chine et l'Inde qu'au Bangladesh", souligne Jean-Louis Borloo dans le JDD.
Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi à Bruxelles que la France, l'Allemagne et le Brésil allaient tenter de mettre sur la table de Copenhague un "papier" qui puisse faire consensus.
"Je crois très important que l'Europe mobilise l'ensemble des pays pauvres, et notamment l'Afrique, sur la même position que nous arrivions avec un axe (...) face à trois univers qui sont la Chine, les Etats-Unis et l'Inde", a expliqué le président français à l'issue du Conseil européen.
Selon Jean-Louis Borloo, le document en préparation comporterait six points, dont le plan "justice-climat" et son volet reforestation, des objectifs de réduction des émissions de CO2 pour les pays industrialisés et les pays émergents, et la création d'une Organisation mondiale de l'environnement chargée de veiller à la mise en oeuvre des précédents points.
Ce document tiendrait compte des difficultés du président Barack Obama pour faire adopter aux Etats-Unis un plan massif de réduction des émissions de CO2 alors qu'ils n'ont pas ratifié Kyoto et ont pris un retard considérable dans ce domaine.
"Il faut traiter les Américains à Copenhague comme on a traité les Polonais en Europe. Il faut leur demander de faire des plans nationaux pour nous rejoindre en 2050 et être pas trop loin de nous en 2020", explique un familier du dossier.
Les réticences chinoises et indiennes seraient aussi prises en compte. Il serait demandé à la Chine et l'Inde de faire en sorte que le développement de leur économie soit moins "carbonée", afin d'atteindre un pic d'émissions en 2020 ou 2025.
Edité par Jean-Loup Fiévet