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© Reuters
Nadine Morano, au coeur d'une polémique après des propos prononcés dans le cadre d'un débat sur l'identité nationale, se dite victime de malhonnêteté intellectuelle. Lors d'une réunion publique lundi soir dans les Vosges, la secrétaire d'Etat à la Famille
PARIS (Reuters) - Les appels à l'arrêt du débat sur l'identité nationale se font plus pressants après les propos de Nadine Morano stéréotypant les jeunes musulmans, mais le gouvernement semble vouloir faire bloc derrière elle.
La secrétaire d'Etat à la famille, qui se dit victime de "malhonnêteté intellectuelle", a "assumé" avoir tenu ces propos à Charmes, village des Vosges dont est originaire Maurice Barrès, écrivain nationaliste et antidreyfusard.
"Charmes, c'est aussi la France et je pourrais aussi aller débattre de l'identité nationale à Vichy", a-t-elle dit mercredi à Libération.
Deux membres "d'ouverture" du gouvernement, Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité, et Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, ont tenté de désamorcer les polémiques, refusant de fustiger Nadine Morano et défendant le principe du débat.
"Ce débat est nécessaire et pertinent", a dit sur RTL Yazid Sabeg, qui s'était montré la semaine dernière très réservé sur la finalité du débat. Pour Fadela Amara, invitée sur France Info, ce débat "a toute sa place".
Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, a également dénoncé sur Canal+ "tous les faux procès" qu'on pourrait faire à la secrétaire d'Etat à la Famille, jugeant le débat "profondément légitime."
Avant Nadine Morano, Nicolas Sarkozy avait lui-même cité Maurice Barrès et, par recherche d'humour ou dans un but politique, plusieurs membres du gouvernement ont contribué à faire glisser le débat sur l'islam et l'immigration.
"FAUX DÉBAT"
Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a déclenché un tollé en disant, à propos d'un jeune UMP d'origine maghrébine "c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes" et celui de l'Immigration, Eric Besson, a évoqué des "mariages gris."
Sur le site internet dédié au débat voulu par Nicolas Sarkozy et orchestré par Eric Besson, les "dérapages" xénophobes se sont multipliés avant que les modérateurs ne soient invités à plus de vigilance.
Des propos visant le plus souvent les immigrés et l'islam sont entendus lors des forums organisés en province par les préfets.
Le Parti socialiste et plus largement la gauche ont refusé de prendre part à un débat destiné, selon eux, à flatter les bas instincts à l'approche des élections régionales de mars prochain.
De nombreux intellectuels avaient mis en garde sur le fait qu'un tel débat se focaliserait sur les immigrés, ne serait-ce qu'en raison de la nature du questionnaire utilisé par les préfets pour animer les discussions.
Après les réserves des deux "commissaires" du gouvernement, Yazid Sabeg et Martin Hirsch, et des deux anciens Premiers ministres UMP, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, le malaise s'accentue au sein de la majorité.
Le député François Baroin, ancien ministre chiraquien, a appelé à sa suspension et Eric Besson se voit reprocher d'avoir mal préparé un débat manquant de "rigueur intellectuelle".
Mercredi, Dominique de Villepin a estimé à nouveau qu'il s'agissait d'un "mauvais débat", susceptible de diviser les Français, et a réclamé que le gouvernement y mette fin.
"Ce débat n'a pas de sens, c'est un faux débat qui n'aurait pas dû être ouvert dans les circonstances que traverse notre pays", a-t-il déclaré sur France 2. "Il faut carrément l'arrêter. Un mauvais débat, ça ne se suspend pas, ça s'arrête".
Pour l'ancien dirigeant socialiste François Hollande, le débat a été "mal posé, mal cadré, mal choisi".
"Aujourd'hui, ça va a vau-l'eau. Que des ministres se laissent aller à des déclarations, que des députés eux-mêmes soient perdus dans le sens même qu'il faut donner au débat, ça suffit", a-t-il dit sur LCI.
L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) a aussi appelé le gouvernement à mettre un terme au débat qui conduit selon elle à "une banalisation des préjugés" stigmatisant "les personnes de confession musulmane".
"A force d'être le théâtre de l'expression des préjugés racistes, le débat sur l'identité nationale risque de morceler la société française et de porter atteinte au vivre-ensemble", dit la présidente de l'UEJF, Arielle Schwab, dans un communiqué.
Clément Dossin et Gérard Bon, édité par Gilles Trequesser