© Reuters
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, assure qu'il n'est pas question d'arrêter le débat sur l'identité nationale française malgré des appels en ce sens, y compris dans la majorité présidentielle. /Photo d'archives/REUTERS
PARIS (Reuters) - Il n'est pas question d'arrêter le débat sur l'identité nationale française malgré des appels en ce sens, y compris dans la majorité présidentielle, déclare le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel.
Les appels à l'arrêt de ce débat se sont faits plus pressants après des propos de la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, stéréotypant les jeunes musulmans.
"Nous avons voulu ce débat, sans tabou, de manière décentralisée. Nous le mènerons à son terme", a déclaré Luc Chatel lors du compte rendu du conseil des ministres.
Le ministre de l'Immigration Eric Besson n'a vu, lui aussi, aucune raison de suspendre un débat dont il est le maître d'oeuvre et qui est, selon lui, "en plein dans le sujet" en dépit de dérapages qu'il juge très minoritaires.
"C'est un très beau débat, très légitime", a-t-il dit lors d'une conférence de presse, se déclarant scandalisé par le procès fait, selon lui, à la secrétaire d'Etat à la famille.
Il a assuré que tous ceux qui avaient visionné la vidéo reproduisant l'intégralité de l'intervention de Nadine Morano regrettaient leurs critiques.
La secrétaire d'Etat s'estime victime de "malhonnêteté intellectuelle" mais dit "assumer" les propos qu'elle a tenus à Charmes, village des Vosges dont est originaire Maurice Barrès, écrivain nationaliste. "Charmes, c'est aussi la France et je pourrais aussi aller débattre de l'identité nationale à Vichy", dit-elle mercredi dans le quotidien Libération.
Deux membres "d'ouverture" du gouvernement, Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité, et Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, ont tenté de désamorcer les polémiques.
"Ce débat est nécessaire et pertinent", a dit sur RTL Yazid Sabeg, qui s'était montré la semaine dernière très réservé sur sa finalité. Pour Fadela Amara, invitée sur France Info, ce débat "a toute sa place".
Avant Nadine Morano, le président Nicolas Sarkozy avait cité Maurice Barrès et d'autres membres du gouvernement ont contribué à faire glisser le débat vers l'islam et l'immigration.
"FAUX DÉBAT"
Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a déclenché un tollé en disant, à propos d'un jeune UMP d'origine maghrébine "c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". Eric Besson, auquel le chef de l'Etat a renouvelé son "total soutien" mercredi, selon Luc Chatel, a évoqué des "mariages gris."
Un autre ministre estimait récemment sous le sceau de l'anonymat que le débat avait été "mal préparé" par un Eric Besson surtout soucieux de faire un "coup politique". "Il tire Sarkozy vers sa mauvaise part, le côté réac", ajoutait-il.
Sur le site internet dédié à ce débat, les "dérapages" xénophobes se sont multipliés avant que les modérateurs ne soient invités à plus de vigilance. Des propos visant le plus souvent les immigrés et l'islam sont entendus lors de forums organisés en province par les préfets.
Le Parti socialiste et plus largement la gauche ont refusé de prendre part à un débat destiné, selon eux, à flatter les bas instincts à l'approche des élections régionales de mars 2010.
De nombreux intellectuels avaient averti qu'un tel débat se focaliserait sur les immigrés, ne serait-ce qu'en raison de la nature du questionnaire utilisé pour animer les discussions.
Après les réserves des deux "commissaires" du gouvernement, Yazid Sabeg et Martin Hirsch, et de deux ex-Premiers ministres UMP, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, le malaise s'accentue au sein de la majorité.
Mercredi, Dominique de Villepin a estimé de nouveau qu'il s'agissait d'un "mauvais débat", susceptible de diviser les Français, et a réclamé que le gouvernement y mette fin.
"C'est un faux débat qui n'aurait pas dû être ouvert dans les circonstances que traverse notre pays", a-t-il dit sur France 2. "Un mauvais débat, ça ne se suspend pas, ça s'arrête".
Pour l'ancien dirigeant socialiste François Hollande aussi, ce débat "mal posé, mal cadré, mal choisi" doit s'arrêter.
Une opinion partagée par l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), pour laquelle ce débat banalise les préjugés et stigmatise "les personnes de confession musulmane".
Clément Dossin, Gérard Bon et Emmanuel Jarry, édité par Gilles Trequesser